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L’Illusion Tranquille (2006)

Par • 4 janvier 2007 à 12:22

Lorsque je vais voir un documentaire, ma première mission est de découvrir son allégeance. Parce qu’un documentaire cache toujours une idée précise, une prise de position. Michael Moore est antibush, Morgan Spurlock est contre McDonald’s. Du côté de L’Illusion Tranquille, réalisé par Joanne Marcotte, on semble porter une tendance antisyndicaliste teintée d’une dénonciation de l’inertie pathologique de la société québécoise.

 

Tout au long du film, on nous présente des points de vue sur l’état actuel du Québec, de la part de jeunes dans la vingtaine et d’experts avisés sur la situation sociale et économique. Et à en croire leurs dires, ce n’est pas très reluisant.

 

L’Illusion Tranquille dresse le portrait d’un Québec illusionné qui fonce vers un gouffre sans s’en rendre compte. Un peu à l’image d’un Elvis Gratton qui se dit « moé je l’ai l’affaire » alors qu’il a tout faux. On dénonce la pensée magique et le refus de la réalité. On plaint une population désinformée. On constate l’écart entre la richesse et la pauvreté. Terminons ce paragraphe de la même façon que le précédent : ce n’est pas très reluisant.

 

À partir de la deuxième moitié du film, le spécialiste en droit du travail, Réjean Breton, prend beaucoup de place en dénonçant l’illogisme et le superflu des syndicats. En fait, M. Breton parle tellement qu’il devient la principale source du film. Mais on s’en réjouit puisqu’il fait preuve d’un sarcasme aiguisé et d’une argumentation solide. Il dénonce notamment l’importance de l’insignifiante ancienneté au dépit de la compétence. Il donne l’exemple des professeurs incompétents qui transmettent leur « expérience » à des centaines d’écoliers.

 

En somme L’Illusion Tranquille, c’est le constat d’une situation de crise au ralenti à la grandeur du Québec. C’est un peu biaisé par le fait qu’on n’y montre uniquement ce qui va mal, mais les faits sont là. Je crains toutefois que cet essai cinématographique ne fasse qu’une petite vague dans l’océan québécois, un peu comme le manifeste pour un Québec lucide de Lucien Bouchard et sa clique. Ça fait parler, mais en bout de ligne, ça ne change pratiquement rien…

 

Le documentaire sera présenté à compter du 12 janvier dans quelques salles du Québec. Cliquez ici pour de plus amples informations.

 

Cet article est publié en collaboration avec Info-Culture.

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4 Réponses »

  1. hmmm… voilà un autre débat de radicalistes amorcé.

    Dites-moi, pourquoi est-ce toujours les crétins qui abusent de leur pouvoir syndicaliste et/ou qui profitent des abus et ceux qui sont contre les syndicats parce qu’ils sont tannés de voir les « chefs » en abuser?

    Qui nous présentera un documentaire ou un reportage sur la grande majorité des gens qui ont eu besoin de leur syndicat pour éviter une mise à pied abusive ou un abus de pouvoir? Qui viendra nous parler de ceux qui perdent leur emploi parce qu’ils vieillissent au profit des plus jeunes sortant de l’école sont beaux, bons, pas chers.

    Personnellement, je déteste les documentaires qui ne présentent qu’une seule facette de la réalité, qu’un seul point de vue, partagé ou non.

    À mon avis, c’est ce genre d’attitude qui détruit le Québec. C’est au même titre que la désinformation qu’on nous présente tous les soirs à la télé, alors qu’on voit des gens désabusés en Orient et que nos peuples du nord québécois sont dans un état souvent bien plus désastreux.

    Conclusion: je n’ai pas vu le documentaire et je n’irai pas le voir (je ne veux pas encourager ce genre de réalisation).

  2. L’inertie pathologique du Québec… Je ne crois pas que l’inertie du Québec soit pathologique, mais que le peuple québecois (ou nation) ne se prononce que lorsque l’en vaut vraiment la peine. La population n’est pas « politisée », et puis? J’aime beaucoup mieux vois quelqu’un travailler toute sa vie dans « l’clos » et qui ignore qui est son député à comparé à un « cravaté » qui pousse un crayon… Le peuple réagit quand cela en vaut vraiment la peine (exemple : la crise de la conscription, malgré que ça remonte à loin).

  3. Ouh la, la, « professeurs incompétents qui transmettent leur « expérience » à des centaines d’écoliers », on en connait comme ça de Jonquière hein PL?
    Mais enfin, je crois qu’il y a justement des fois où les syndicats se prennent trop au sérieux comme d’autres où il est là pour des bonnes raisons. PL, est-ce qu’on traite dans le film des cotisations syndicales qu’on fait payer même aux jeunes qui n’ont que des emlpois d’été?
    Ça c’est complètement ridicule.

  4. « Trois fléaux menacent le monde. Primo, la plaie du nationalisme. Secundo, la plaie du racisme. Tertio, la plaie du fondamentalisme religieux. Trois pestes unies par la même caractéristique, le même commun dénominateur, la plus totale, agressive et toute-puissante irrationalité. Impossible de pénétrer dans un esprit contaminé par un de ces maux. » –Ryszard Kapuscinski

    L’Illusion tranquille n’impose pas de dogme. Ceux qui l’accusent de le faire font, en réalité, de la projection. Ces personnes aveuglées par l’idéologie d’un modèle québécois suranné sont simplement incapables d’appeler un chat un chat. Pour elles, un appauvrissement collectif devient une preuve d’identité. Si nous étions tous dans la rue à crever de faim, elles le crieraient sur la planète… avec fierté ! Et affamées, elles lyncheraient ou lapideraient le premier qui réussirait, par débrouillardise, à se trouver à manger sans l’aide de personne. En réalité, je constate que beaucoup de mes compatriotes sont simplement envieux du succès d’autrui. Sentant la marche trop haute pour eux, sachant qu’il faudra se retrousser les manches pour vivre dans une société vraiment solidaire, et piqués au vif par leur ancien chef qui leur dit que pour qu’un jardin donne ses fruits, il faut y travailler (on n’a rien pour rien), ils réagissent en enfants gâtés. Il ne faut pas leur en vouloir : comme les légumes et les fruits d’un jardin mal entretenu, ils ont été envahis par la mauvaise herbe. « C’est bien plus beau un jardin sauvage ! », doivent-ils se dire. Et tant pis si certaines pousses n’ont rien donné. Tant pis si, à la fin de la saison, la récolte est pauvre. Des envieux, dis-je ! Bon. Ça y est, j’étais sur le point de parler de la Cigale et de la Fourmi. Mais je me retiens. Ou presque. Si on revient au journaliste et écrivain polonais Ryszard Kapuscinski, mort la semaine dernière, et de ses trois fléaux qui menacent le monde, lequel ou lesquels ont atteint le Québec ? Le nationalisme, le racisme ou le fondamentalisme… syndical ? Au lecteur d’en juger.

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