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Revenez lundi, mesdames !

Par • 7 mars 2007 à 16:54

Demain, ce sera votre tour, mesdames. De vous laisser parler d’amour. Mais aussi d’inégalité, de sexisme, d’équité salariale, de harcèlement sexuel… et d’avancement dans la cause féministe. Depuis quelques années, dans le cadre de la Journée internationale de la femme, le Théâtre Parminou de Victoriaville, réputé pour son engagement social dans sa parole dramaturgique, propose une nouvelle pièce sur la condition du sexe fort (exit le sexe faible, place aux superwomen). 2007 ne fait pas exception; coproduite avec Catherine Graham de l’Université McMaster en Ontario et la Compagnie du Campus de Belgique, la création Revenez lundi présente les deux côtés d’une médaille qu’on appelle l’aide sociale.

 

Une porte. Bien verrouillée. D’un côté, dans un bureau surchargé de dossiers et de paperasse en boîtes, Gervaise Latulipe, agente de plus en plus imperméable à la misère qu’elle côtoie, tente avec peine de savourer son heure de lunch. De l’autre côté, dans une salle d’attente vidée de ses espoirs déçus, Johanne Zappa, une prestataire aux yeux papillonnants de fatigue, insiste avec beaucoup d’imaginaire dans son argumentaire pour mettre la main sur le formulaire qui l’aidera à se procurer ses somnifères (ouf, j’allais manquer d’air !). Deux visions qui s’affrontent et s’apprivoisent, deux regards acidulés sur la course à l’emploi, l’exigence de la performance et le bonheur qu’on s’invente souvent de toutes pièces.

 

Revenez lundi est aussi la rencontre de deux cultures, la québécoise et la belge, qui se ressemblent plus qu’on ne le pense. Deux auteures-comédiennes et deux metteurs en scène. Pour mettre en relief un texte réaliste rehaussé de quelques monologues d’une touchante poésie, Michel Cormier et Giovanni Orlandi (je vous laisse deviner qui vient d’où) ont opté pour une approche de jeu sobre. Ce choix fait contrepoids aux symboles suggérés pour illustrer les rapports de force (l’agente d’aide sociale debout sur son bureau, la prestataire qui fait une crise d’hyperventilation dans un sac de papier mis à sa disposition comme dans un avion !) et la solitude exacerbée des personnages (cette porte qui les sépare, tel un mur de la honte). En assistée qui manigance, l’attachante Patrizia Macaux a la bonne foi des oiseaux blessés, et l’écoeurantite aiguë des laissés-pour-compte. Sa vis-à-vis québécoise, Maureen Martineau, a tout l’aplomb nécessaire pour camper cette assistante qui n’a « aucun problème » mais peu de reconnaissance, d’où la dérive des mal-aimés.

 

De passage dans la région de Montréal jusqu’à demain (voir l’horaire ci-dessous), la pièce déboulonne les préjugés des deux clans avec une circonspection doublée d’une remarquable finesse d’observation. Au-delà de la cloison qui les empêche de se regarder dans le blanc des yeux, il va y avoir rapprochement entre ces travailleuses du quotidien et ces (futures ?) mamans. De part et d’autre, la réalité surclasse les idées reçues, la solidarité, même embryonnaire, ajoute un petit triomphe à son tableau de chasse. La finale, particulièrement brillante, laisse à penser que, pour peu qu’elle puisse être inversée à tout moment, il existe aussi une hiérarchie pour les gens en situation de pouvoir. Et s’il ne suffisait que d’ouvrir la porte pour se libérer de cette société qui tue les rêves dans l’œuf ?

 

On s’en reparle lundi… D’ici là, bonne fête, mesdames !

 

***½

 

• 7 mars à Beaupré, 20h00, École secondaire Mont Sainte-Anne, 10 975, boulevard Sainte-Anne, présenté par; Ressources familiales Côte-de-Beaupré, Réservation de billets : Sylvie Bélanger : 418-827-4625

 

• 8 mars à Montréal, 13h00, Pavillon d’éducation communautaire, 1670 Desjardins, Montréal, présenté par  CLSC Hochelaga- Maisonneuve et La collective du 8 mars, Entrée libre : Odile  Lachapelle : 514-253-9717 #5352

 

• 8 mars à Lachute, 19h00, Polyvalente Lavigne, 452 avenue Argenteuil, présenté par Fond d’Emprunt Communautaire Féminin, Réservation de billets : Patricia Nantel : 450-562-3553

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