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Au-delà du rire au Rideau Vert

Par • 7 février 2007 à 7:30

Nous sommes au Japon en temps de guerre. Un dramaturge humoristique (Martin Drainville) doit soumettre son texte à un rigide censeur (Luc Guérin) afin d’obtenir le permis de production sur scène. L’auteur doit évidemment tenter de surmonter les caprices sournois de l’homme de loi, ce qui donne lieu à d’innombrables retouches et à de multiples situations cocasses. Amélie et moi-même avons assisté à la première et nous vous livrons nos impressions respectives sans s’être consultés :

 

Les impressions d’Amélie :

L’action ne se déroulant que dans une seule pièce comportant deux chaises, une table ainsi qu’un léger décor aux allures japonaises, je me demandais si je ne finirais pas par me lasser. Je sais bien que dans un cas de sobriété architecturale, ma professeure de CÉGEP m’aurait dit de porter attention au jeu des acteurs, car ils sont le pivot central et unique de la pièce. Elle n’aurait pas eu tort, ni entièrement raison. Grâce à un habile jeu de lumière sur les carreaux au sol de la scène et grâce au déplacement subtil des chaises et de l’angle de la table, chacune des ouvertures des huit journées de la pièce nous a donné un avant-goût de l’état d’esprit régnant chez les personnages. Au début, l’éloignement des chaises démontrait le respect et la soumission caractéristiques de la coutume japonaise. De plus, l’attitude de l’auteur qui veut soudoyer le censeur à l’aide de cadeaux nous met dans le contexte de la relation entre les deux personnages. Le rigide censeur laisse présager qu’il ne pliera pas devant cet homme qui se prétend soumis. Les jours passent et l’on comprend que la soumission n’est en fait qu’une ruse habile de l’auteur qui se rend bien compte que le censeur se laisse prendre au jeu. Pour le reste de l’histoire, je vous laisse découvrir par vous-même.

 

Les deux acteurs, Luc Guérin et Martin Drainville tiennent avec brio leurs rôles respectifs malgré que j’estime que leurs caractères dominants auraient pu être un peu plus développés. Plus d’autorité de la part du censeur et un air un peu plus soumis pour l’auteur aurait créé une plus grande distance entre les deux personnages et l’on aurait vraiment mieux accepté la difficulté que représentait la conciliation de leurs idéaux. Ceci étant dit, j’ai presque réussi à oublier qu’il s’agissait d’acteurs québécois, car le rapport entre les deux hommes me rappelle ce que je connais de la culture japonaise. À mon humble avis, la dernière scène n’avait pas sa place, trop de familiarité, j’ai décroché. J’ai aimé, j’ai ri, mais j’aurais bien envie de voir la version cinématographique avec des acteurs japonais, question de comparer le jeu et comment est vraiment perçu l’humour par ce censeur pratiquement inébranlable.
 

Les impressions de Pierre-Luc :

D’entrée de jeu, j’avoue avoir été impressionné par le talent des deux comédiens. J’ai souvent vu Martin Drainville et Luc Guérin à la télévision, mais sur scène, leur naturel est flagrant. Par la suite, c’est l’utilisation optimale d’un décor, somme toute assez minimaliste, qui m’a séduit­. Deux hommes qui s’échangent la réplique dans une même pièce – qui est uniquement munie d’une table, de deux chaises et d’un cadre suspendu au mur – ça peut frôler la monotonie. Mais le défi a été relevé pendant une heure et demie sans trop de longueurs apparentes. Chapeau!

 

Du côté de l’emballage, on se débrouille plutôt bien aussi. La musique, la toile de fond et les costumes nous mettent bel et bien dans le contexte du pays du soleil levant. Pour ce qui est de la mise en scène, Carl Béchard a bien fait ses devoirs. Les comédiens utilisent bien l’espace qui leur est attribué et quelques changements mineurs, comme l’inclinaison de la table, viennent casser l’ennui et l’impression de déjà vu. Une mention spéciale au segment au cours duquel une partie de la pièce écrite par le personnage de Drainville est interprétée. Il s’agit d’un moment fort théâtral, humoristico-majestueux et bien évidemment très drôle. Pour ma part de déception, je la lègue à la fin de la pièce qui n’est pas à la hauteur du rythme et des rebondissements du récit complet. Lançons le blâme sur le script original de Koki Mitani pour ne pas faire ombrage à la jolie performance de nos deux Québécois adorés…

 

Au-delà du rire est présenté au Rideau Vert du 6 février au 3 mars 2007.

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2 Réponses »

  1. Eh bien, c’est à croire que nos réactions ont été sensiblement les mêmes ! J’ai aussi oublié de vous noter le niveau d’applaudissement de la salle. Les applaudissements ont duré moins d’une minute, 1 seul rappel qui a semblé forcé lorsque les applaudissements ont diminués sensiblement. J’imagine donc que l’intérêt des spectateurs avait été le même que le nôtre, bon mais ordinaire!

  2. Mais j’ai bien peur qu’il ne faille pas se fier aux applaudissement pour jauger la qualité de ce spectacle spécifiquement. 1) Beaucoup de billets gratuits ont été distribués pour cette première. 2) Le public abonné au théâtre, c’est dommage, mais il est plutôt vieux. Les vieux sont moins fort sur le standing. Semble-t-il…

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