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Chronique classiques du cinéIl y a de ces films inoubliables. De grands réalisateurs au grand écran... du grand cinéma pour de grands moments!

Death Wish : Quand la justice est insuffisante pour le citoyen (1974)

Par • 24 mai 2009 à 9:43
film_death_wishDans l’histoire du cinéma, on retrouve des oeuvres d’exceptions destinées à faire réfléchir, des réussites commerciales de bonne moralité pour la détente en famille, mais aussi des films à scandale qui illustrent la laideur de la société pour mieux en dénoncer ses tares et secouer un public déjà préoccupé par son quotidien. Sorti en 1974, « DEATH WISH » est à ranger dans cette dernière catégorie. Même si l’intention de départ des producteurs est l’exploitation sensationnaliste d’un thème brûlant pour recueillir tout un flot de jolis billets verts, son réalisateur (le britannique Michael Winner) a profité de l’occasion pour peaufiner le sujet et y mettre un peu de sa personnalité.

À New York, trois loubards s’en prennent à la femme et à la fille d’un architecte, Paul Kersey. Mme Kersey meurt suite aux multiples coups à la tête reçu lors de cet assaut et sa fille perd la raison suite au viol dont elle a été victime. D’une attitude pourtant libérale, l’architecte voit sa pensée et ses sentiments se modifier suite à cette agression, surtout que la police s’avère impuissante à retrouver les assaillants. Muni d’un colt 32, Paul Kersey se met à faire des promenades nocturnes au cours desquelles il s’offre en appât aux voyous qu’il abat ensuite froidement dès qu’ils se manifestent. Ses exploits attirent l’attention des médias qui le surnomment « Le Justicier (Vigilante) ». La police commence à suspecter Kersey d’être le justicier en question, mais le bureau du procureur et la municipalité sont réticents à l’idée de le poursuivre en justice, craignant un procès retentissant. En effet, les agissements de Kersey ont mobilisé la population et fait baisser considérablement le nombre d’agressions et de crimes à New York.

Le succès de ce film-culte, qui sera plusieurs fois imité, s’explique évidemmment par le parfum d’immoralité et la polémique soulevé à cause de son sujet: la prise en mains individuelle de la justice et les comportements qu’elle met en exergue. Si l’exposition apparaît de prime abord fascisant et simpliste, le film joue magnifiquement sur la crainte patente des citadins en butte à l’accroissement de la criminalité urbaine. D’une tension certaine, le récit est illustré en termes réalistes où la mise en scène de Michael Winner restitue avec habileté l’ambiance de violence d’une grande ville, telle une jungle grouillante de fauves prenant forme humaine. L’ensemble est percutant et contient bon nombre de scènes chocs vigoureuses. Mais pour montrer qu’ils ont fignolé leur travail dans leur volonté de faire réfléchir les spectateurs, les auteurs sont aller plus loin qu’un simple déballage de règlements de compte violents.

Par exemple, une certaine référence au western et aux pionniers de la conquête de l’Ouest se fait sentir tout au long de la projection, nous rappellant à quel point beaucoup de sang a coulé dans l’histoire de la colonisation des États-Unis, et qu’il en coulera encore beaucoup tant que l’individualisme y primera. Un point de vue athéiste est également présent, entre autre avec ce plan des bonnes soeurs se promenant dans la rue avec insouciance et croisant les trois loubards juste avant que ceux-ci n’agressent la famille Kersey, soulignant ainsi l’absence de Dieu dans un pays pourtant très croyant. De plus, le justicier ne retrouve jamais la trace de ceux qui ont malmené sa famille et ne se donne pas la peine de les rechercher, ce qui rajoute une crédibilité psychologique supplémentaire aux agissements de cet anti-héros aux actes éthiquement indéfendables.

En gros, cette illustration des représailles personnelles d’un homme dans une société impuissante à réprimer le crime ne fait évidemment pas le goût de tout le monde. Seulement au bout du compte, l’on ne peut nier la force d’impact et la réflexion sociale que ce long-métrage suscite chez le spectateur, qui n’en sera pas plus déshumanisé pour autant après l’avoir vu, bien au contraire. En général, quand un film éveille un débat de résonance mondiale toujours d’actualité plus de 20 ans après sa sortie, on le considère comme un classique. Charles Bronson n’est rien de moins qu’à son meilleur avec ce personnage fétiche, auquel il sera malheureusement identifié tout au long de sa carrière dans des suites médiocres fort discutables.

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