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Provincetown Playhouse, juillet 1919, j’avais 19 ans

Par • 27 janvier 2009 à 11:11

theatre_provincetown.jpgPour son 40e anniversaire, le Théâtre d’Aujourd’hui se paie des aventures d’exception : après la présentation du solo de Wajdi Mouawad (Seuls) et la création-événement de 4 heures signée René-Daniel Dubois (Bob), place au Provincetown Playhouse, juillet 1919, j’avais 19 ans de Normand Chaurette, tel que revisité par la metteure en scène Carole Nadeau, de la compagnie Le Pont Bridge, qui aime à inventer de nouvelles formes théâtrales en passant entre autres par la vidéo. Honnêtement, et d’entrée de jeu, je vous dirai ne pas savoir que penser de cette relecture éclatée du célèbre texte de Normand Chaurette, plébiscité entre autres par mon confrère Marc-Antoine Charrette il y a déjà deux ans (http://dimanchematin.com/2007/01/27/provincetown-playhouse-juillet-1919-javais-19-ans-1981/). Il s’agit en effet d’une partition de haute voltige, où la folie, la beauté et la création s’emmêlent dans un ballet sophistiqué et hypnotisant qui suscite de nombreuses réflexions, bien au-delà des chocs (culturel, émotionnel, nerveux et autres variantes) ressentis à sa lecture ou à son écoute. L’asile qui accueille Charles Charles, qui aurait à l’âge de 19 ans tué un poupon de 19 coups de couteau, en direct lors d’une pièce de théâtre, est autant celui qu’il se crée dans son esprit que les quatre murs qui l’entourent. (Ir)réalité, moralité et perceptions s’y brouillent non sans créer quelques nécessaires collisions.

Il m’arrive rarement d’être aussi embêté face à une production, même lorsqu’elle m’a déçu, comme c’est le cas ici. Était-elle trop ambitieuse ? Étais-je dans le bon état d’esprit pour apprécier un trip technologique et sensoriel aussi affiché ? Étais-je dérangé du fait que la pièce de Chaurette ait été si transformée par la forme, justement ? Les mots perdent-ils de leur sens parce qu’on détourne ou qu’on oriente l’attention du spectateur sur leur portée métaphorique ou symbolique ? Si je suis peu attiré par des univers à la David Lynch (en fait, je devrais plutôt dire que je les méconnais), est-ce normal qu’il en soit de même au théâtre ? Des effets de miroirs, s’ils multiplient les points de vue sur les personnages, sont-ils censés nous impliquer tout naturellement ou par rebond dans l’histoire, donc accentuer notre degré d’identification au drame et aux enjeux ? Jusqu’à quel point les comédiens peuvent être incarnés au milieu des projections; luttent-ils contre ou s’en servent-ils comme des remparts ? Tant de questions qui me laissent un goût marqué de perplexité. Et comme ce fut le cas il y a quelques années avec la version 3D de La Tempête de Shakespeare au TNM, je suis plutôt déconcentré de l’essence de l’œuvre devant un tel déploiement technique, et au final peu ou pas touché du tout. Ma plus grande curiosité au sortir de la pièce serait d’entendre les commentaires d’autres spectateurs sur cette expérience inusitée, sans aucun doute hors de l’ordinaire. Je prédis que les avis seront très partagés, et c’est bien là une qualité, il faut le reconnaître, d’une proposition sans compromis.

Étrange objet que je laisse désormais entre vos mains.

Provincetown Playhouse, juillet 1919, j’avais 19 ans

Une production Le Pont Bridge, en codiffusion avec le Théâtre d’Aujourd’hui, présentée jusqu’au 31 janvier 2009. Texte: Normand Chaurette. Mise en scène, mise en espace et vidéo: Carole Nadeau. Assistance à la mise en scène: Annie-Claude Beaudry. Distribution: Martin Bélanger, Christian Brisson-Dargis, Benoît Drouin-Germain, Éric Forget et Xavier Malo. Direction technique : Régis Guyonnet. Éclairages : Louis-Philippe St-Arnault.

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2 Réponses »

  1. Dommage, Nicolas, que tu aies raté la première mouture scénique de cette magnifique pièce, il y a quelques années ! Montée par Alice Ronfard, elle contenait des performances magnifiques de David LaHaye, René Gagnon, Robert Brouillette, André Robitaille, etc. Oui, vraiment un très grand moment théâtral dont l’atmosphère m’avait laissé bouche bée…

  2. J’étais trop jeune à l’époque, mais j’ai entendu
    plusieurs bons commentaires sur la version
    d’Alice Ronfard, montée en 1992, à l’Espace Go.
    Mais pour la petite histoire, je spécifie ici que
    la pièce a en fait été créée 10 ans plus tôt, en 1982,
    un an après que son auteur en ait terminé l’écriture.

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