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Elle cause plus… Elle flingue: le business de Girardot, c’est l’éternité (1972)

Par • 24 novembre 2010 à 15:46

Avec ce sixième film en tant que réalisateur, Michel Audiard atteint un sommet record en matière d’humour bête et méchant. À partir d’une situation initiale proprement irrévérencieuse, Audiard se lance à fond de train dans une charge anticlérical blasphématoire et iconoclaste, sans oublier au passage quelques épines acérées lancées contre d’autres formes d’autorité comme la police et la justice.

Rosemonde du Bois de la Faisanderie dirige en princesse les destinées d’un ramassis de joyeux assassins, de clochards et de chiffonniers habitant en banlieue un bidonville de la zone en dehors de Paris. Pour ce faire, elle met en morceaux les curieux de passage, capturés par ses sbires, qu’elle fait jeter dans une machine à dépecer les cochons. Elle dispose ensuite les effets personnels de ses victimes au marché aux puces et elle récupère les os pour les vendre à une église catholique qui les revend comme reliques de saints.

Malgré toutes les tentatives de la police pour prendre Rosemonde en flagrant délit, celle-ci demeure intouchable. Un ecclésiastique de haut-rang lui demande alors de trouver une relique semblable à celle de Jésus. Elle fait alors rechercher par sa bande dans le quartier quelqu’un lui ressemblant. Arrive soudainement un jeune beatnik ressemblant trait pour trait à Jésus, qui possède en plus des pouvoirs mystérieux similaires au fils de Dieu. Sa présence et ses dons transformeront Rosemonde et ceux qui l’entourent en hérauts d’un renouveau religieux.

Précisons tout de suite que si le titre semble désigné une suite à ELLE BOIT PAS, ELLE FUME PAS, ELLE DRAGUE PAS, MAIS… ELLE CAUSE, cela ne s’avère pas le cas malgré le retour d’Annie Girardot au sommet de l’affiche.

Sans nuance aucune, les personnages imaginés par Audiard ont l’air de pantins grotesques évoluant dans le contexte d’une satire surréaliste, ce qui confirme la désinvolture de l’auteur dans son illustration des renversements des valeurs catholiques inculquées par l’Église dans la société française. Il est dommage néanmoins que la mise en scène ne soit pas à la hauteur de l’ambition du scénario, car elle s’avère brouillonne, ce qui alourdit les développements amusants du récit.

Par ailleurs le dialogue, bien que toujours aussi drôle et spirituel, ne possède pas entièrement toute la verve habituelle que l’on est en droit de s’attendre; Audiard se contentant parfois de répéter ou de reformuler des répliques à succès de ses autres films antérieurs.

L’ensemble n’en demeure pas moins d’une dérision jubilatoire certaine avec une portion de mauvais goût douteux pour faire bonne mesure, juste assez pour horripiler les critiques et les autres détracteurs d’Audiard. Il est à noter que le film se veut d’abord plus anticlérical dans son message que contre le concept de la foi, puisque c’est l’institution catholique, bien plus que la religion dans son ensemble, qui en prend pour son rhume.

Annie Girardot se montre toujours à l’aise dans la gouaille avec un personnage haut en couleurs et Bernard Blier cabotine aux limites de l’hystérie dans son personnage de flic imbécile et naïf. ELLE CAUSE PLUS… ELLE FLINGUE est certainement un film bizarre, anti-conformiste et incomparable, bien que manquant de finition. Les fans d’Audiard et certains autres rigoleront, d’autres pas, je vous en laisse juge.

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