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Babylone A.D : La religion est encore un sujet sensible

Par • 18 novembre 2010 à 20:22

Ce qui devait s’avérer au départ une adaptation grandiose du roman BABYLONE BABIES de Maurice G. Dantec est finalement devenu un film d’action et d’anticipation médiocre. Les producteurs de la FOX ont en effet gommé tout ce qui faisait la richesse de l’oeuvre originale par crainte de choquer le public américain, qui est très fortement croyant, étant donné la thématique ouvertement anti-religieuse contenue dans le livre.

Dans un futur proche où la planète, ravagée par la guerre, est en proie à l’anarchie face aux affrontements entre divers mouvements intégristes religieux, un gangster nommé Gorsky engage un mercenaire cynique et désabusé, Toorop, pour escorter hors de la Russie une jeune fille, Aurora, afin de la livrer aux mains d’une secte richissime à New York, ainsi que sa protectrice. Au cours de leur périple, la jeune fille adopte un comportement de plus en plus étrange, en plus d’être la convoitise de personnes louches qui veulent la kidnapper.

Bien qu’ayant juré de la protéger, Toorop en vient à soupçonner qu’elle pourrait être la porteuse d’un dangereux virus. Le mercenaire cherche à en savoir plus auprès de sa protectrice, mais la vérité sur la nature d’Aurora ne manquera pas de le surprendre, au point de modifier le but premier de sa mission.

BABYLONE A.D. est encore un autre exemple de projet ambitieux mutilé dans la salle de montage par les producteurs ou les distributeurs hollywoodiens. C’est ainsi qu’à partir d’un roman touffu et riche en notations post-modernistes sur l’avenir de l’humanité face à la montée de l’intégrisme religieux et le sectarisme par opposition au progrès scientifique et médical, l’adaptation finale au grand écran n’a retenu que les ingrédients archi-usés de la série B de science-fiction visant à la conception d’un film d’action banal.

Le réalisateur Mathieu Kassovitz a d’ailleurs affirmé que cette version du film n’est pas la sienne, et que près de 70 minutes ont été coupés par les distributeurs américains de la FOX, qui craignaient sans doute que la portée politico-religieuse du sujet ne froisse les croyants, étant donné l’importance de la religion aux États-Unis, tant sur le plan social que politique. Cela explique ces étranges ellipses dans la narration qui constituent autant de trous dans le récit laissés vacants par la post-production, certains plans mal jumelés ensemble, et le caractère expéditif des scènes d’actions, vite vues, vite oubliées.

La courte durée du film ne permet pas non plus aux personnages de se développer outre mesure, alors qu’on sent pourtant que les acteurs croient au projet dans leur interprétation. BABYLONE A.D. a d’ailleurs connu une discrète carrière en salles avec très peu de publicité annonçant sa sortie en 2008, comme quoi la FOX avait préalablement enterré vivant le film pour le faire sombrer rapidement dans l’oubli le plus total.

Ne reste plus qu’à espérer une version non-coupée ou contenant un montage du réalisateur pour juger plus équitablement le résultat de l’oeuvre. En attendant, fuyez sans regrets cette version tronquée dont le naufrage a été inévitable.

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