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Prix littéraire des collégiens 2007 – Hadassa

Par • 3 avril 2007 à 2:10

De nos jours, les opportunistes sont vite démasqués et on ne s’en formalise guère longtemps. C’est à peine si les intellectuels ne s’ennuient pas d’une époque où les convictions passaient avant les ambitions. En ces temps d’accommodements raisonnables et de communautés culturelles ou religieuses pointées du doigt, à tort ou à raison, écrire un roman dans lequel une jeune enseignante de français s’immisce à pas feutrés dans le monde très sélectif d’une école juive orthodoxe pourrait être taxé d’opportunisme. Dans le cas de Myriam Beaudoin, qui nous offre avec Hadassa son deuxième roman, il n’en est rien. La force tranquille et le ton gentil de l’œuvre incitent plutôt au respect. L’heure est à la main tendue.

En acceptant de partager son amour du français à des écolières qui la considèrent comme une étrangère, Alice savait dès le départ qu’elle n’allait pas visiter le pays des merveilles. Mais la bonne volonté et le mystère sont encore des armes de persuasion massive. La curiosité aidant, les enfants s’attacheront à cette femme pratiquement issue d’un autre monde. Un peu à l’écart se trouve Hadassa, toujours dans sa tête, tantôt la larme à l’œil, tantôt le sourire vacillant. Se tisse entre cette élève et sa maîtresse une relation de confiance unique, qui prend sa source dans l’échange humain : l’une sort peu à peu de son cocon, tandis que l’autre se rappelle non sans foi le pourquoi de sa vocation. Missionnaire culturelle devant l’éternel, Alice se permet aussi de faire connaître à sa classe la littérature francophone, après quelques passages obligés au comité de censure. Évoquée par Beaudoin elle-même, la comparaison avec la fameuse Mademoiselle C. créée par Dominique Demers n’est donc pas gratuite, même si la fantaisie ne décolle pas autant. On y retrouve toutefois un idéalisme semblable quant à l’ouverture de l’enfance sur ses talents à éclore.

Le lecteur malhonnête pourrait aussi qualifier l’histoire parallèle de Roméo et Juliette multiculturel. Mais l’amour qui se noue entre Jan, un épicier polonais, et Déborah, une Juive mariée à un homme autant qu’aux lois de Dieu, relève davantage d’un bel état de fait que d’une prise arrangée du gars des vues. Malheureusement, et quoique il donne lieu à une douce et fluide écriture, attentive aux moindres détails des silences longs à se rompre, cet idylle tarde à s’imbriquer dans le portrait d’ensemble. Ce n’est pas tant son improbabilité qui dérange que sa lenteur à se dévoiler, d’où la difficulté qu’on a à y adhérer. Au final, c’est le caractère documentaire du bouquin qui fait exploser l’applaudimètre. Car le regard est alerte et précis, nourri qu’il est à la vitamine V, celle de la vérité; autrement dit, le sujet est maîtrisé grâce à une somme incroyable de recherche et d’admiration, palpable entre les lignes.

Une œuvre de fiction qui motive avec tendresse les futurs enseignants à suivre leur voie devrait être intronisée au temple de l’éducation. D’autant plus lorsqu’elle chasse sans agressivité de tenaces préjugés.

Hadassa, de Myriam Beaudoin, 2006, Leméac.

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