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ÉditorialPuisqu'il y a des choses qui doivent être dites, aussi bien les dire avec une verve franche et directe. Des sujets chauds, traités vivement sans trop de fioritures.

Parti de Q

Par • 10 mai 2007 à 0:00

J’ai voté pour le Parti Québécois pour la première fois de ma vie, le 26 mars dernier. Pas parce que j’avais tellement de sympathie pour la cause souverainiste, ni même pour le chef du PQ à l’époque, André Boisclair. J’ai d’abord voté pour le candidat de mon comté, celui qui me semblait le plus apte des quatre pour mener la région vers des cieux plus cléments. Et jusqu’à maintenant, je ne regrette pas mon choix.

 

Ça ne m’empêche pas de promettre de ne plus jamais voter pour ce parti. Cette formation politique, dont la mauvaise foi n’a d’égal que son absence d’auto-critique, m’a déçu pour de bon, m’a convaincu une fois pour toutes que les vieux péquistes frustrés tiennent encore les rênes. Désolé, mais je ne vote pas pour un parti qui entretient son propre cercle vicieux.

 

À la limite, je me fous d’André Boisclair, de sa démission, de son avenir. Il n’a jamais eu le temps de me prouver qu’il pouvait atteindre ma fibre nationaliste, comme l’avait fait Parizeau et Bouchard en 1994-95. Avec le PQ, il fallait s’y attendre, depuis quelques années c’est la mode, on se dépêche de balayer les saletés sous le tapis : si Parizeau n’avait pas démissionné le soir même de la défaite référendaire d’octobre 1995, on lui aurait montré la porte de toute façon dans les jours suivants. On a même réussi à pousser vers la sortie l’homme de plus populaire de la cause souverainiste depuis René Lévesque, à savoir Lucien Bouchard. Bien sûr, lors de sa démission en janvier 2001, Bouchard a justifié son départ par des raisons familiales, mais on se souvient que bien des députés péquistes suggéraient à mots couverts que le Premier Ministre devrait payer pour ce qu’on appelait péjorativement les « fusions forcées ». Pour ce qui est de Bernard Landry, ça se passe de commentaires : jamais un chef de parti ne
s’était fait jouer dans le dos de façon aussi hypocrite et sournoise. Jusqu’à André Boisclair.

 

Maintenant, que va faire le Parti Québécois ? S’il ne peut pas encore aller chercher le chef du Bloc comme en 1996, il élira à sa tête la saveur de la semaine, un individu qui proviendra soit de la vieille garde, constituée de personnages aigris par les défaites et pressés par le temps qui passe, soit de la nouvelle génération, une section du parti qui n’a jamais profité d’un soutien franc et massif, et qui constitue pourtant probablement la classe la plus susceptible de renouveler le PQ.

 

André Boisclair n’était peut-être pas aussi audacieux, aussi charismatique et en aussi bonne posture que René Lévesque (ce n’est plus les années 70), mais il a connu une bonne campagne électorale en mars dernier ; tout le contraire de son parti qui, même en période d’élections, a entretenu ses querelles intestines et causé son propre malheur. Si le Parti Québécois est incapable d’amener un jour les Québécois à un troisième (et ultime) référendum, on ne pourra pas invoquer que c’est la faute de l’argent et des votes ethniques. Ce sera à cause du Parti Québécois seul, et c’est maintenant à lui de prouver aux Québécois qu’il peut faire autre chose que poignarder ses chefs dans le dos.

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10 Réponses »

  1. Tellement bien dit! Comment peut-on avoir confiance en un parti qui se saborde lui-même, au sein duquel personne ne semble se faire confiance? Pas pour rien que les jeunes ne s’intéressent plus à la souveraineté, les chicanes prennent la place des vrais débats!

  2. Moi qui me porte habituellement à la défense du PQ, je préfère me taire ici. Je suis d’accord avec une bonne partie de ce texte, bien que ne n’aurais pas décrit les faits avec la même ardeur. Le PQ joue au yoyo avec ses chefs, c’est le désordre total. Mais n’y a-t-il pas un sommet de vague au bout de chaque creux ? La prospérité économique ne suit-elle pas la récession ? Ainsi, la lumière est sûrement au bout du tunnel…

  3. Ne t’inquiète pas mon cher Pierre-Luc; maintenant que Dédé Boisclair a été cloué au pilori, le prochain chef va passer pour un véritable sauveur du parti et les petits souverainistes assoiffés pourront à nouveau s’abreuver du nectar ensorcellant qu’est l’idée d’indépendance!

  4. À Marie-Ève : merci, précieuse amie et journaliste émérite ! Et j’espère malgré tout un retour à la raison (et à la maison) aux péquistes et aux souverainistes en général, qui ont déjà compté parmi les Québécois les plus brillants dans leurs rangs…

    À ce cher PL : je sais que ces trahisons internes et ces magouillages en public te font mal, comme à tout « séparatisse » qui se respecte. Moi aussi je voudrais un pays, mais l’idée d’un PQ comme celui-ci à la tête de la République Québécoise me donne des frissons… regardons les choses aller !

  5. Je ne sais pas quelle vache a mordu le peuple québécois, mais tout le monde semble tellement résigné. On ne cherche plus d’excuses, on cherche des coupables. Et lorsque les coupables se défilent, on cherche de nouvelles victimes. Et dans la désillusion totale, on généralise. Où est passé la confiance des souverainiste ?

  6. J’adore ton texte enflammé cher Jonathan mais pour mieux répéter ce que j’ai déjà dit ailleurs, le PQ s’est essouflé et, à mon avis, doit changer de cap pas seulement de chef. Pour donner envie aux gens de croire en notre identité, il faut d’abord la définir et souder les communautés. La vieille image défraichie ne sera pas suffisante pour effacer l’arrière-goût que nous avons maintenant.

  7. Pour reprendre ce que Martineau a dit dans une de ses chroniques cette semaine; peut être faut-il se résigner à voir le PQ aller rejoindre l’Union Nationale et le Crédit Social! C’est à dire à la morgue des partis québécois.

  8. À Amélie et PL (et aux autres aussi, en fait): je ne sais pas ce que vous en pensez, mais le PQ me fait un peu penser à l’église incapable de se réformer. Trop de vieux joueurs, avec des idées qui marchaient bien en 1968 mais plus aussi bien maintenant, prennent encore trop de place et jugent avec arrogance non seulement les jeunes mais aussi la nouvelle société québécoise en général, avec ses nouveaux défis, ses nouvelles réalités, ses nouveaux arrivants.

    Le soir du 14 avril 2003, Bernard Landry a conclu son discours de la défaite en reprenant le fil de ce qui avait été le leitmotiv des libéraux pendant la campagne qui venait de se terminer. Il avait dit que désormais, c’était le Parti Québécois qui représenterait le changement pour les prochaines élections. 4 ans plus tard, le PQ a royalement raté le bateau, et est en danger de disparition (on n’a qu’à fouiller un peu dans l’Histoire pour constater que ce genre de déconfiture peut en effet causer sa perte à un parti). Et le seul moyen qu’a trouvé le parti pour passer sa colère, c’est (encore) de se couper la tête.

    Je n’y crois pas vraiment, mais peut-être le parti choisira-t-il une nouvelle façon de penser, tout en se choisissant un nouveau chef…

    Et en terminant, je ne suis pas un spécialiste ni de la politique en général, ni de la mouvance souverainiste. Je suis tout simplement un électeur québécois blasé mais réactionnaire, comme 71% d’entre vous.

    Néanmoins, mes prédictions 😛
    (qui ne sont pas nécessairement des souhaits ou des appréhensions)
    1 – Marois va passer comme chef, tout simplement parce que c’est la plus rassembleuse de tous, et que les membres du PQ vont vite s’en rendre compte,
    2 – Duceppe, amer, va rester à Ottawa, mais avoir deux piliers forts du mouvement souverainiste, c’est mieux que seulement transférer le plus fort à Québec…
    3 – L’arrogance adéquiste va les remettre à leur place. Mais le parti de Dumont est là pour rester. Un des trois partis devrait donc logiquement disparaître doucement de la carte quand le vote va se polariser, peut-être d’ici 2 ou 3 élections.

    Ouin ben j’ai hâte de voir quel score je fais !

  9. Ton lien avec l’église est plutôt réaliste. Je dirais aussi que d’après tout ce que je lis ces derniers temps sur internet, beaucoup de gens qui ont voté PQ aux dernières élections commencent à se rendre compte que ce que les autres autour racontent est véridique. J’ai le sentiment tout-à-coup qu’eux aussi ressentent l’essouflement qui a forcé certains d’entre nous à changer case pour mettre notre X. Ce n’est pas négatif, c’est comme une compagnie qui a besoin de redresser ses finances pour passer à travers un coup dur, il faut le faire quand c’est le temps et ne pas lésiner sur les moyens!

  10. Exact (d’après moi)… Le Parti Québécois est en risque de faillite, il faut qu’il réagisse, sinon il va se faire bouffer par les autres partis qui ont le vent dans les voiles.

    En fait ton analogie est meilleure que la mienne 🙂

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