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Oscar et la dame rose

Par • 13 mars 2007 à 21:04

Sainte-Justine a 100 ans. Déjà, la cause mérite qu’on sorte tambours et trompettes… et pourquoi pas quelque monnaie ? Dans un élan de bonté, le metteur en scène François Flamand et les Productions Sortie 22 inc. ont eu l’idée, pour amasser des fonds en signe de reconnaissance à la légendaire institution, de monter un très beau texte d’Éric-Emmanuel Schmitt, auteur français parmi les plus prolifiques et touche-à-tout de sa génération.

 

Il a le nom d’un squelette, d’un musicien jazz ou d’un trophée de cinéma. Le crâne rasé, faute d’une meilleure mode en cas de leucémie. Crâne d’œuf, pour les intimes. Des parents trouillards et un médecin faiblard, incapables de lui dire la vérité. Il aurait aimé passer sa vie avec Peggy Blue, elle aussi malade tout au bout du corridor. Ah oui, il prétend aussi avoir grillé les poissons rouges et brûlé la maison, le chat, le chien. Rien n’est moins sûr. Il a la tête pleine d’images et le coeur tout aussi rempli de pellicule. Et puis il ne croit plus en Dieu depuis le jour où ses parents sont tombés des nues quand il leur a appris, en furie, que le Père Noël n’existait pas. D’où cette réflexion magnifique de détachement: « Si je m’intéresse à ce que pensent les cons, je n’aurai plus de temps pour ce que pensent les gens intelligents. » Que demander de plus au héros du livre Oscar et la dame rose, si attachant qu’on se le dessine mentalement en moins de deux, et qu’il ne nous quitte plus jamais, même une fois passé à trépas. Rendons tout de même à César ce qui n’est pas à Oscar: cette Mamie Rose qui le borde de caresses pour l’esprit, bénévole jusqu’au bout des ongles, ancienne lutteuse dans un pays imaginaire où ses adversaires se laissaient toutes berner par ses folles astuces. Dans un procédé épistolaire, cette grand-mère du coeur nous livre les réflexions qu’Oscar a eues à la veille de son départ.

 

Troisième partie du Cycle de l’Invisible, surtout connu pour Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran (transposé au cinéma avec une force tranquille, incarnée par le césarisé Omar Sharif), Oscar et la dame rose est un petit bijou de lucidité haute comme trois pommes et de tendresse enrubannée dans des petits mots doux, grands comme un Dieu qui n’existe pas ou qui n’existe plus. Ce n’est pas Schmitt qui élucidera la question. Dommage. Il y a plusieurs envolées existentielles très fortes dans cette courte histoire imaginée par l’auteur de Ma vie avec Mozart. Comme ce moment où l’enfant mourant sermonne son médecin, qui ne devrait pas se prendre la tête à soigner ses patients. L’hypocrisie des adultes face à la mort est d’ailleurs envoyée au tapis par la clairvoyance insouciante de l’enfance, telle qu’illustrée dans cette œuvre rose jamais bonbon.

 

Si les Français ont pu admirer Danielle Darrieux porter ce solo à la scène, c’est Rita Lafontaine qui le reprend pour le public d’ici. Avec toute l’humanité, la chaleur et la minutie qu’on lui connaît. Sur un plateau dépouillé et attriquée d’une drôle de perruque, elle livre d’une traite une partition sans autre prétention que d’éclairer une voix d’enfant. À la première de la pièce, présentée à Terrebonne il y a un mois déjà, elle paraissait quelque peu nerveuse, mais se rattrape sans aucun doute à l’heure actuelle par sa profondeur d’âme, visible à l’oeil nu. Toutefois, on regrettera que la littérature prenne vite le dessus sur la théâtralité, dont l’absence flagrante penche au profit du bouquin. La proposition scénique reste trop figée pour que la magie s’installe durablement. Les mots demeurent, la réflexion aussi, touchante de bout en bout.

 

Un concentré de vie, qu’on aimera aussi (surtout ?) retrouver sur papier.

 

***

 

Du 13 au 18 mars au Monument-National, à Montréal; en supplémentaires du 10 au 21 avril 2007.

 

Du 16 au 27 mai, au Grand Théâtre de Québec.

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