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ÉditorialPuisqu'il y a des choses qui doivent être dites, aussi bien les dire avec une verve franche et directe. Des sujets chauds, traités vivement sans trop de fioritures.

Martineau et le mystère «Qwébec»

Par • 2 mai 2011 à 21:13

Dans sa chronique d’hier dans le Journal de Montréal et sur Canoë (sarcastiquement intitulée “I love Qwébec”, et que vous pouvez lire ici), le bouillant et controversé Richard Martineau s’interrogeait sur la présente “vague orange” qui déferle présentement, à sa grande surprise, sur le Québec. Richard, pour l’essentiel, se questionne dans ce billet sur ce reniement soudain et collectif des Québécoises et des Québécois envers les “valeurs” défendues par le Bloc Québécois, et leur nouvelle passion pour le parti orangé de Jack Layton. M. Martineau étant un homme intelligent, mais qui a le devoir de pondre un éditorial “piquant” à intervalles régulières pour le Journal, je m’étonne quant à moi de son étonnement. Feint, peut-être, pour les besoins de la cause.

D’entrée de jeu, je lui concède un point : la cote d’amour, que les Québécois ont toujours eu pour Layton, qui se transforme ce printemps d’un sondage à l’autre en solides intentions de vote, il y a de quoi rester pantois, voire perplexe. Mais Martineau semble y voir une défection honteuse des Québécois envers leur devoir de citoyen, une aberration que l’on ne peut attribuer qu’à une sorte de fascination collective qu’il souhaite passagère. Et le chroniqueur d’y aller de citations de Wilfrid Laurier, ou d’exemples choisis (les candidats “unilingues anglophones” du NPD dans des circonscriptions québécoises, ou la victimisation attendrissante de René Lévesque, présenté comme un trait intrinsèque du politicien qui a mené à son élection par les Québécois historiquement attirés par les “underdogs”), tout en colorant son texte d’adjectifs comme “suiveux”, ou d’insinuations de victimisation.

Pourtant, il semble que cette tendance “orange” s’explique assez facilement, par une simple méthode d’élimination qui lui a étonnamment échappée : le PCC est effectivement assez loin des préoccupations historiques, culturelles et sociales du Québec, empêchant toute réelle percée de ce parti pour l’instant ; le PLC n’a pas encore réussi à se détacher entièrement du scandale des commandites, et Michael Ignatieff, même s’il a mené une bonne campagne, est un joueur trop récent pour pouvoir créer une “vague rouge” ; finalement le Bloc subit enfin les contrecoups d’une chute dans le vote nationaliste depuis les dix à quinze dernières années, et observable depuis 2003 au niveau provincial. Les Québécois, comme un peu n’importe qui dans le monde quand les choix sont limités, voire presque inexistants, ont changé brusquement d’idée. Comme plusieurs pays européens dans les dernières années. Comme on l’avait déjà fait aux élections de 1960, quand Jean Lesage a pris le pouvoir pour mettre fin à seize ans de règne sans partage de l’Union Nationale.

Pas de girouette ou de volatilité ici. On s’est simplement rendus compte qu’on n’aime pas la recette “western” des Conservateurs, que les Verts bousilleraient l’économie s’ils étaient au pouvoir, que les Libéraux sont trop faibles et paradoxalement trop arrogants, et que le Bloc tournait en rond et prenait ses électeurs pour acquis depuis trop d’années. Cinq moins quatre égale… un. Le NPD comme opposition officielle ? L’idée semble séduisante, sans risque (ne nous leurrons pas sur leurs chances de former un gouvernement avant plusieurs années), la solution “de gauche” parfaite pour faire contrepoids à la droite bleue foncée. Surprenant ? Imprévu ? Probablement… “Suiveux” ? “Standing ovation facile” ? Pas du tout.

Second point irritant dans la chronique de Richard Martineau : le NPD a beau n’avoir fait élire qu’un seul député au Québec aux dernières élections fédérales, cela ne signifie pas que les votes obtenus dans les autres circonscriptions comptaient pour du vide ou sortaient de nulle part. J’ai voté NPD aux deux dernières élections, comme je m’apprête à le faire aujourd’hui, et je ne me considère pas comme un suiveux pour autant. Au contraire, voter pour ce parti en 2006 et 2008 relevait presque de l’anticonformisme. Mais maintenant, j’imagine que je ne suis qu’un simple “suiveux”, au vote volatile, émotif, dû à un moment d’égarement (qui s’éternise, dirait-on dans mon cas). Rien à voir avec les 40 à 55% d’électeurs qui ont fait élire, bon an mal an, de 38 à 54 députés du Bloc à chaque élection depuis 1993, sans se poser de questions ni jamais remettre leurs vieilles opinions dans la balance. Le ciel est bleu…

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