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Les auteurs dramatiques à votre rencontre – Lectures publiques du CEAD

Par • 30 janvier 2012 à 9:51

Dès 1965, année de sa fondation, le Centre des auteurs dramatiques (CEAD) s’est donné pour mission de soutenir, de promouvoir et de diffuser la dramaturgie québécoise et canadienne francophone. Basé à Montréal, le CEAD compte aujourd’hui environ 250 membres, dont la majorité des auteurs québécois qui sont joués sur nos scènes. Il va sans dire que l’oeuvre complète de tous ces dramaturges comporte de nombreuses pièces inédites, que le CEAD propose de nous faire découvrir par le biais de lectures publiques itinérantes gratuites, entre autres activités. Ce mois-ci, deux auteurs de la relève sont à l’honneur, soit Julie-Anne Ranger-Beauregard et Pier-Luc Lasalle, qui viennent tout juste d’être joués dans la métropole: la première, avec La famille Pépin, une vision tendre de cette enfance qui nous file entre les doigts, mais qui n’est jamais bien loin, présentée à la Maison Théâtre; le second, avec L’anatomie du chien, chronique conjugale à vif où le meilleur ami de l’homme… serait peut-être son ex, programmée à la salle Jean-Claude-Germain du Théâtre d’Aujourd’hui.

Lundi dernier, 23 janvier, la metteure en scène Catherine Vidal (derrière l’éblouissant Le grand cahier, prochainement en tournée québécoise) dirigeait la mise en lecture d’une nouvelle pièce de Julie-Anne Ranger-Beauregard, La patte du loup, d’abord créée par les finissants de l’École nationale de théâtre, au printemps 2011, dans une mise en scène de Claude Poissant. La Licorne accueillait cette lecture dans le décor de la production Orphelins, ce qui conférait à l’ensemble une réelle ambiance de cuisine, propice aux confidences et aux secrets de famille de cette meute aimante que dépeint l’auteure sans ménager les zones d’ombres. Dès les didascalies d’entrée, Ranger-Beauregard avertit d’ailleurs le spectateur (ou le metteur en scène): même s’ils représentent trois générations d’un même clan, l’âge des personnages, comme celui d’ailleurs des interprètes, importe peu. Face à la mort, l’homme est bien peu de chose, si ce n’est un mariage de matière et de temps, avec un soupçon de coeur et de sentiments. Ainsi déconstruit-telle la temporalité et la logique linéaire pour naviguer sans complexes entre l’hier et l’aujourd’hui, entre les peurs de l’enfance et celles de la vieillesse, entre les amours naissantes et les passions inquiètes, entre le cri du loup et le silence du chevreau.

De ce que je connais de cette auteure douée et sensible, pour avoir entendu trois de ses textes depuis sa sortie de l’École nationale de théâtre en écriture dramatique (promotion 2010), soit La famille Pépin ci-haut nommée, Les Sauvages, comédie acidulée présentée au Théâtre de l’Esquisse en juin dernier, et maintenant La patte du loup, proposition touffue mais non moins délicate et lumineuse, j’ai cru déceler chez elle un goût marqué pour des personnages affirmés, qui masquent tant bien que mal leur fragilité, du reste fort touchante, dévoilant à voix haute leurs pensées les plus profondes et leurs doutes les plus intimes. C’est particulièrement le cas ici, ce qui offre aux interprètes (Marie Bernier, Michel Bérubé, Stéphane Jacques, Andrée Lachapelle, Julie McClemens, Jonathan Morier et Simon Lacroix, dans le rôle emblématique du lecteur de didascalies, joyeusement actif dans cette mise en lecture) un terrain de jeu particulièrement riche de sens, avec beaucoup d’espace où se glisser entre les lignes, sans sacrifier à une poésie organique et à un humour de dentelle.

Aussi dynamique et incarnée fut sa mise en lecture, on ne peut que souhaiter à ce texte de connaître une seconde vie sur une scène d’ici ou d’ailleurs. D’ici là, il nous est permis de découvrir, si ce n’est pas déjà fait, l’écriture de Pier-Luc Lasalle, ce lundi 30 janvier, à 19h, à la Maison de la culture du Plateau Mont-Royal, puisqu’on y présentera, dans une mise en lecture du comédien et metteur en scène Vincent-Guillaume Otis, son texte La vie des Tamagotchis. À lui seul, le titre a de quoi nourrir l’imaginaire. On réserve au 514-288-3384, poste 221. Entrée libre.

Pour suivre les activités du CEAD, on consultera son site Internet au www.cead.qc.ca. Parmi les paroles à venir, on note celles des vétérans Carole Fréchette, Yvan Bienvenue et Jasmine Dubé, qui se feront entendre à la Grande Bibliothèque ou encore en tournée dans les Maisons de la culture de Montréal. Je vous invite grandement à leur tendre l’oreille.

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