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ÉditorialPuisqu'il y a des choses qui doivent être dites, aussi bien les dire avec une verve franche et directe. Des sujets chauds, traités vivement sans trop de fioritures.

Le plus vieux conflit du monde

Par • 24 janvier 2008 à 9:00

Je n’aime pas donner crédit, ni même faire simple mention de nos p’tits amis convergents de TVA, le Journal, Astral Média et autres. Ils n’en ont pas besoin de toute façon. Mais il faut avouer qu’une fois de temps en temps, entre deux aberrations linguistiques de Claude Poirier et après un « ouf » de Sophie Thibault, il y a une bonne idée qui fait son p’tit bonhomme de chemin. Certains ont crié à la démagogie, d’autres ont baillé d’indifférence, mais cette bonne idée qui est sortie au début de la semaine, c’est ce sondage sur ce que les baby boomers pensent des jeunes (spécifiquement les 30 ans et moins), et vice versa. Des résultats surprenants, mais surtout, amers. Et surtout, on soulève une question, mais peut-être pas celle que l’on pense : est-ce qu’on est en train d’essayer de provoquer une nouvelle guerre des générations ? Est-ce qu’on avait vraiment besoin de ça ?

 

On peut blâmer la bande à Péladeau pour avoir ramené inutilement sur le tapis l’un des plus vieux conflits de l’Histoire de l’humanité, à savoir la génération présente vis-à-vis la génération d’avant vis-à-vis la génération d’après. On peut également se dire qu’au contraire, depuis les années 60 et la grande kermesse hippie, le sujet n’est que plus général, le schisme s’étant produit à cette époque n’étant qu’une réaction exacerbée par le débalancement numérique entre les deux générations, celle qui sortait et celle qui faisait son entrée. Toujours est-il que le constat est, en 2008, implacable des deux côtés.

 

Les jeunes sont impolis. Ils sont paresseux. Ils se plaignent la bouche pleine. Ils ont la vie plus facile que leurs parents. Ils sont égoïstes, matérialistes, superficiels.

 

Les vieux sont irresponsables et imbus d’eux-mêmes. Ils sont adeptes du « faites ce que je dis, pas ce que je fais ». Ils ne se sont privés de rien. Ils s’attardent sur le marché du travail et le congestionnent. Ils laissent aux suivants un monde endetté et pollué.

 

Mais les vieux n’ont pas réfléchi en répondant au sondage, comme si la majorité d’entre eux y avaient justement vus un moyen imparable de passer un message aux vilains jeunes via les médias, et rien d’autre. Si les jeunes sont impolis, c’est à cause de l’éducation qu’ils leur ont donné. S’ils sont paresseux, c’est une réaction à leur génération workaholic qui se crève sans but au travail. S’ils se plaignent la bouche pleine, personne d’autre ne leur a remplie de force (les enfants-rois, ça vous dit quelque chose ?). Ils sont matérialistes et superficiels parce que depuis leur tout jeune âge, on les a bombardés de publicités et de modèles féminins et masculins aberrants, sans que vous y ayez fait quoi que ce soit. Et tant mieux s’ils ont – supposément – la vie plus facile que leurs parents. Je crois que c’était le but, non, le bonheur de vos enfants ?

 

Quant aux jeunes, leur arrogance s’est aussi transportée dans ce coup de sonde. Leurs parents ne sont pas irresponsables, ils sont débordés. C’est la première génération qui a vu massivement les femmes intégrer le marché du travail pour augmenter les revenus du ménage, moi j’appelle plutôt ça être très responsables. Même si leurs folies des grandeurs ne se sont finalement pas révélées à la hauteur, ce sont les baby boomers qui ont brisé les barrières morales et religieuses qui paralysaient notre société, ce sont eux qui ont débuté le combat écologique en premier lieu. Le monde « endetté et pollué » qu’ils laissent derrière eux, ils l’ont rendu bien meilleur dans maints domaines aussi, et on a tendance à l’oublier facilement. Ils se sont tués à la tâche pour la génération suivante, et oui, ils ont commis des erreurs chemin faisant. Et oui, plusieurs maudits syndiqués de la fonction publique et du secteur industriel font chier avec leur manie de s’accrocher à un boulot payant mais qu’ils détestent, juste pour le principe. Mais au total, les conditions de vie sont meilleures maintenant qu’elles l’étaient en 1965 ; l’économie aussi, la situation politique également. Et peut-être même l’écologie, en y pensant bien (on a tout de suite dans la tête des images d’usines fumantes et de dépotoirs à ciel ouvert, mais leur héritage comprend aussi le recyclage, les voitures hybrides, les nouvelles normes environnementales, etc.). Ça compte, et les jeunes ont quand même levé le nez.

 

Ce sera toujours le propre des générations de s’opposer idéologiquement l’une à l’autre ; l’une pense que la prochaine va provoquer la décadence générale de la civilisation occidentale, l’autre prétend que la précédente lui laisse un monde gangrené, pourri, prêt à exploser. Et c’est là la qualité de ce sondage. En plus d’avoir les couilles d’aller se fourrer le nez dans un conflit jamais violent mais toujours récurrent, on tire des conclusions concrètes de ce questionnement. Trois, entre autres, qui sont plutôt évidentes avec le recul : est-ce que les vieux ont laissé un monde dégueulasse à la génération suivante ? Non, ce monde, il tourne plus rond que voilà 35 ans (soyons honnêtes). Est-ce que les jeunes vont détruire cette planète avec leur attitude superficielle et individualiste ? Personne ne peut dire que oui, cette génération n’a pas encore eu le temps d’agir. Y a-t-il un point commun entre ces deux générations ? Oui, elles ne réfléchissent pas avant de répondre à un sondage.

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4 Réponses »

  1. Les générations, c’est comme les politiciens : chacune d’entre-elles laisse le blâme sur la précédente. Et dans les deux cas, le problème c’est qu’on chiale au lieu de tenter d’améliorer la situation.

    D’autre part, concernant ma génération ou l’actuelle génération dont je n’ai jamais entendu le nom (disons la génération WWW), je pense qu’il y a une certaine conscience qui demeure au-delà du je-m’en-foutisme. Peut-être les vieux ont ils instauré les mesures environnementales que l’on connaît, mais nous les avons nettement améliorées et je pense que ce sont les plus jeunes qui font le plus attention à l’environnement. Quand je vois quelqu’un jeter un papier par-terre, il a rarement moins de 30 ans. Ce n’est ni un argument bidon pour défendre les gens de mon âge et les plus jeune, c’est un constat. Les environnementalistes idéalistes, les révolutionnaires verts, ce sont des jeunes (ou des vieux recyclés). Là je ne parle que d’environnement. Le problème des nouvelles générations, c’est le dépit face au marché du travail qu’ils prennent en laisse. Pour le reste, je n’ai aucune génération préférée. Y’a des cons de tous les âges et des héros aussi. De rassembler les gens dans des blocs d’une vingtaine d’années, avec la prétention que tout le monde est pareil dans le tas, c’est le système de clivage le plus con sur terre…

  2. Très bon point, Pierre-Luc. Si on généralisait sur une race ou un peuple en particulier, on se ferait (avec raison) taxer de racisme ou de stupidité. Par contre, quand on englobe une génération au grand complet et qu’on la coiffe d’un titre, ça passe.

    Je veux bien croire qu’il faut dégager certaines tendances pour essayer de comprendre notre propre société,et en ce sens, je crois que le sondage était et est toujours un outil intéressant, mais j’en ai davantage contre les sondés que les sondeurs justement.

  3. Mais qu’est-ce qui fait qu’en 1977 nous sommes passé de la génération X à Y ? Qu’est-ce qui s’est passé de si extraordinaire en 1977 ? Et qu’est-ce qui justifie que je sois dans le même bateau que ces gens et, encore pire, que ceux qui sont nés dans les années 90 ?

  4. Ben moi je vois ça un peu comme des frontières… un peu arbitraire et simpliste peut-être comme façon de penser, mais c’est ça. Il n’y a pas beaucoup de différences entre les Français d’un côté d’une frontière et les Belges de l’autre. Comme les habitants du Delaware ressemblent à ceux du Maryland. Mais il faut mettre une certaine séparation à moment donné. En gardant bien sûr en tête qu’il faut prendre ça avec un grain de sel, et justement ne pas généraliser à tout vent.

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