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Le discours de la méthode – Philo, mon amour

Par • 10 décembre 2007 à 1:44

Au Théâtre d’Aujourd’hui, lors de la première, régnait une atmosphère festive des premiers jours d’école. Dans la salle, pêle-mêle, on pouvait reconnaître amants de la marionnette, habitués du théâtre, comédiens curieux et enthousiastes à encourager leurs pairs de même qu’une poignée de collégiens envoyés là au front par leur professeur de philosophie. Foule bigarrée, me direz-vous ? Peut-être, mais foule amusée, à tout le moins.

 

Jusqu’au 15 décembre, en reprise et pour la dernière fois à Montréal, le Théâtre du Sous-Marin Jaune s’attaque non sans courage et dérision à l’œuvre mythique et analytique qu’est Le discours de la méthode. Après s’être mesurée aux écrits de Voltaire (Candide) et aux paraboles chrétiennes (La Bible), la bande de comédiens-marionnettistes a cru bon décortiquer la pensée du mathématicien et philosophe français René Descartes. Et c’est à Montréal qu’elle donne la 100e représentation de son délire contrôlé où elle ne ménage ni la vulgarisation qui fait mouche ni la délinquance joyeusement juvénile.

 

Incroyable mais vrai, les maths et la rhétorique n’auront jamais paru aussi excitantes qu’avec le Loup Bleu aux commandes ! Parce que c’est à cette marionnette au verbe sûr et moqueur, créée par le metteur en scène et directeur artistique Antoine Laprise, que l’on devrait le texte – et donc toute la finesse de pensée et le digne humour de carton – de ce cours biographique en accéléré. De cette entrée en matière où de multiples grands penseurs (Socrate, Platon, Aristote, Jésus, St-Augustin, St-Thomas, Copernic, Bacon, Galilée, Avicenne, etc.) s’expriment avec des yeux de bille et une langue bien déliée, jusqu’à cette conclusion où un Loup Bleu 2.0 dresse le bilan des influences cartésiennes à notre époque amorale, chaque trait d’esprit est mis en lumière avec clarté et amusement, sans jamais diluer le propos.

 

On rigole devant cette version du Cid de Corneille sur castelet, ou encore devant les délires sous influence de Descartes le voyageur, qui a décidemment du bon tabac dans sa tabatière… On s’ébahit devant l’audace amoureuse des marionnettes sous la couette (toutefois en version beaucoup moins trash que les grasses ficelles de la Team America). Et on est d’autant plus charmés que, sous la voix engageante de Laprise, Loup Bleu ne se prend pas au sérieux : dans une portion viandeuse du spectacle, il rivalise d’autodérision avec son vis-à-vis, Descartes lui-même, manipulé (le mot est faible !) par un Jacques Laroche aussi habile que le verbe de son personnage. Autrement, leurs deux acolytes ne ménagent non plus aucun effort pour nous faire croire à la magie d’une boîte qui prend vie, justes de bout en bout. Entre autres personnages, Guy Daniel Tremblay, en Abbé Mersenne, compose un téléphoniste des plus imprévisible, tandis que Dominique Marier campe une solide et très drôle journaliste baptisée Marie Patch…

 

Bien sûr, on passe rapidement sur certains sujets ou quelque état de fait. Bien sûr, les mondes de la philosophie ou de la marionnette ne seyent pas à tous les publics. Mais je (puisque « Dire je, c’est déjà dire oui à l’illusion qui me constitue ! ») vous garantis que ces deux mêmes mondes sont pris à bras-le-corps, et avec un tel plaisir de partage lucide et ludique, que les plus sceptiques seront confondus. Oui, voilà bien un Discours qui aurait plu autant à mon prof de philo qu’au Capitaine Bonhomme !

 

****½

 

 

Le discours de la méthode
Une production du Théâtre du Sous-Marin Jaune présentée au Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 15 décembre. Texte: Loup Bleu. Mise en scène: Antoine Laprise. Assistance à la mise en scène: Isabelle Larivière. Régie : Catherine Desjardins-Jolin. Distribution: Jacques Laroche, Dominique Marier, Antoine Laprise et Guy Daniel Tremblay. Décor et Éclairages: Christian Fontaine. Marionnettes et accessoires : Julie Morel et Claudia Gendreau.

 

Photo : Jean-François Landry

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