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ÉditorialPuisqu'il y a des choses qui doivent être dites, aussi bien les dire avec une verve franche et directe. Des sujets chauds, traités vivement sans trop de fioritures.

Le break syndical de Cupidon

Par • 14 février 2008 à 20:30

Joyeuse Saint-Valentin ! Si vous êtes en couple, c’est votre fête aujourd’hui : prenez le temps de vous faire plaisir à deux (avec tout ce que cela implique). Si vous faites partie des autres classes de gens, ceux qui sont responsables de la prolifération de ces petites cases à cocher dans notre déclaration d’impôt et autres formulaires destinés à recueillir de l’information sur nous (célibataire, divorcé, séparé, polygame, Raélien, etc.), prenez votre mal en patience. Après tout, ce n’est qu’une seule journée dans l’année, et vous êtes de plus en plus nombreux à chaque calendrier qui se termine.

Un homme vient récemment de publier un ouvrage, très subtilement nommé « Amour », qui parle de ces relations amoureuses que les êtres humains développent entre eux, et ce, depuis la nuit des Temps. Mieux encore, fort d’une certaine audace, il dénonce la monogamie, l’hétérosexualité à outrance et la cérémonie du mariage, des principes dont le christianisme – et la plupart des cultes religieux sur cette Terre – se fait l’ardent défenseur. En effet, ce monsieur nous rappelle que ces façons de faire, imposées directement dans la vie privée, amoureuse et sexuelle, ne sont apparues que bien tardivement dans l’Histoire. Bien après l’homosexualité, la polygamie, le célibat endurci, même la pédophilie et l’inceste (que l’on pense seulement à la Grèce Antique, ou encore à certains passages de la Bible, qui ressemblent parfois plus à un synopsis de film porno qu’à une belle histoire de valeurs profondes).

Avec la place qu’occupe maintenant l’Église, seule gardienne de cette oppression de la couchette, dans nos vies occidentalisées, pétries depuis des décennies d’idéaux libertaires et épicuriens, peut-on dire que le couple, au sens « conventionnel » du terme, est en train de mourir ? Est-ce que l’être humain est fait pour avoir plusieurs partenaires de vie, plusieurs acolytes sexuels dans sa vie ? Est-ce que la douleur que l’on ressent lorsqu’on est trompé par notre conjoint est tout simplement le produit d’une valeur purement culturelle, héritée de deux millénaires d’idéologie chrétienne ? Ou bien au contraire l’Homme se démarque justement du monde animal par cette pratique quasi exclusive qu’est la monogamie, le fait de se réserver (autant que faire se peut) à une seule personne ?

Certains diront donc que cette conception du couple, qui peut être étendue dans sa définition, mais non déformée (par exemple, l’acceptation de plus en plus généralisée des couples homosexuels), est à l’amour ce que les ustensiles sont à la cuisine : un rempart de civilisation qui est une manifestation perpétuelle de notre intelligence, en opposition à l’instinct reproductif animal. Les autres répliqueront que nous sommes d’abord des animaux, dotés de pensée il est vrai, mais tout de même soumis à des pulsions auxquelles il est tout à fait naturel (et donc bénéfique) de succomber, et que le côté « civilisé » de l’être humain ne s’en trouve nullement perverti pour autant, car après tout, les arts, la culture, l’éducation et les contacts humains n’en ont pas souffert, au contraire.

En tant que célibataire endurci, qui a vécu ces expériences d’un côté comme de l’autre, j’éprouve une certaine difficulté à me ranger à gauche ou à droite. J’imagine que la meilleure décision reste de s’imposer à soi-même ce que nous sommes et pensons, que ce soit une monogamie exclusive, pleine et assumée, ou encore une vie plus libertine en toute conscience des pour et des contre.

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5 Réponses »

  1. L’exclusivité amoureuse est probablement née du désir de fonder une famille solide, avec les enfants et tout ce que ça implique. « L’amour » à plusieurs partenaires est la réponse facile des pulsions, mais je crois que ça implique moins de bonheur à long terme. Et je suis loin d’être sûr que cette pensée soit basé sur des valeurs catholiques. Pour vivre un réel amour, il faut passer par plusieurs étapes qui ne se soldent pas en un « one night ». L’amour, c’est une gamme d’émotion qui passe par le sexe, oui, mais par des centaines d’autres choses (la complicité, les secrets ou même la routine). La fidélité, c’est la stabilité. Et l’amour, à mon sens, passe par là. Bonne St-Valentin à tous!

  2. Je dirais, pour ma part, que l’exclusivité amoureuse ne vient pas du désir de fonder une famille solide, du moins pas en priorité. Est-ce le fruit de valeurs culturelles longtemps pronées ? Je dirais que c’est un sentiment d’attachement profond ainsi que le désir ardent de se retrouver dans un autre, de savoir que nous ne sommes pas seuls qui nous pousse vers cette exclusivité.

    Les groupes dans lesquels nous évoluons sont souvent là pour nous réconforter dans ce que l’on est car malgré notre nature individualiste, rare sont ceux qui n’ont jamais besoin de l’approbation des autres.

    Le fait de former un couple avec quelqu’un, c’est d’accepter de vivre dans le compromis de sa propre personnalité. C’est là que je considère que l’exclusivité amoureuse est une image de société. On se dit qu’il  » le faut » alors on le fait et on le véhicule. Le « tabou » de société est si grand que de vivre en célibat c’est presqu’aussi « choquant » que de sortir du placard que lorsqu’on est homosexuel.

    Le désir de fonder une famille n’inclut pas systématiquement de vivre en couple mais nous avons été entraînés à voir que les polygames sont des méchants donc on n’accepte pas cette situation et celà nous amène à penser que ça provoque des situations familiales fragiles.

    Mais bien sur, il y a l’amour. Aimer quelqu’un et partager sa vie avec quelqu’un, c’est de dire qu’on s’accepte tous les deux, tels que nous sommes et que nous faisons pratiquement voeu de ne pas aller voir ailleurs. C’est ça qui fait mal quand un des deux va voir ailleurs, c’est de briser ce « serment » qu’on se fait alors que nous, on a pas dérogé à ce voeu.

    N’allez pas croire que je suis pour toutes les formes de « gamie » mais plutôt que je suis ouverte à ce que tout existe, en autant que personne n’en soit brimé.

    D’ailleurs, notre amoureux ou notre amoureuse, n’est-ce pas la personne d’entre tous nos amis avec qui l’on s’entend le mieux et c’est pour ça qu’on accepte de partager sa vie si intimement?

  3. L’amour… Oui, ce concept a été travaillé, retravaillé, mâchouillé et remâchouillé à travers les époques. Oui, on a tenté de le définir, de le chanter, de le représenter, de l’atteindre par de nombreuses façons, souvent farfelues. Or, si l’on s’efforce de le présenter toujours sous un œil nouveau, la même base utopique reste constante. L’Amour, avec un grand A, est placé sur un piédestal idéologique, au-dessus de nos têtes, comme un oiseau majestueux qui virevolte dans les cieux du bonheur, un oiseau que l’humain cherche à attraper, mais qui ne réussit qu’à toucher momentanément avant qu’il ne reprenne son envol douloureux. Après avoir contemplé cet oiseau pendant des siècles, ne devrions-nous pas le ramener sur la terre ferme ? Pourquoi ne pas tirer sur cet oiseau, le regarder tomber et le dépecer afin d’observer comment il est agencé ?
    C’est ce que la science contemporaine s’efforce d’accomplir. L’amour n’est plus présenté comme un concept éternel, mais plutôt comme une émotion animale et temporaire, qui a été essentielle à la survie de l’humain au cours de son développement. L’amour est exposé comme une combinaison de neurotransmetteurs qui provoquent, dans des circonstances données, les symptômes caractéristiques de l’amour, à savoir les mains moites, l’augmentation du rythme cardiaque, la dilatation des pupilles… En d’autres mots, l’amour est étalé devant nos yeux comme une drogue à laquelle nous n’aurions droit qu’à une dose fixe. Au début, elle suffit pour nous enivrer de bonheur, mais le manque s’installe et l’habitude prend le dessus sur le sentiment éternel et pur.
    Dès lors, l’opposition entre l’amour et les changements fréquents de partenaires n’a pas sa raison d’être. Si l’amour est temporaire, pourquoi faudrait-il s’enfoncer dans l’accoutumance morne au lieu de profiter de ce que les passions amoureuses successives peuvent nous apporter comme bonheur, c’est-à-dire une forte pulsion bienfaisante, caractéristique des premiers instants passés en compagnie de l’être aimé ?
    Ceci dit, j’en profite pour souligner la qualité du texte de Jonathan.

  4. En lisant vos commentaires, j’ai constaté que j’avais seulement effleuré le sujet, lui donnant – involontairement – une saveur d’incomplet, presque de superficiel. Vous avez, à vous trois, extensionné ma modeste diatribe sur ce sujet complexe et universel, et je vous en remercie 🙂

    C’est vrai que plus on se débarrasse de ces carcans millénaires comme la religion et la bienséance, plus on se rend compte que ces poussiéreux concepts « obligatoires » en cachaient d’autres, bien souvent volontaires, quoi que similaires en nature. Et que notre vision évolue malgré tout sur ce qui était autrefois une régulation religieuse, et qui est maintenant une pulsion acceptée en tant que telle, tant du point de vue physique que psychologique.

    Bref, l’amour ça reste l’amour !

  5. Je crois que l’amour existe, le vrai! Mais en même temps, je crois qu’il est possible de voir certaines aventures extra-conjugales comme innofensives malgré tout. Il est possible à mon avis de dissocier le sexe de l’amour quand c’est nécessaire! Parfois, je m’imagine habiter en commune avec 6-7-8 autres personnes et vivre sans tabou aucun! Utopie? Idéalisme? Fantasme? Je ne sais pas mais je me questionne sérieusement sur la valeur profonde des multiples contraintes imposées par la religion. Je fais partie de ceux qui croient que la vie est trop courte pour ne pas essayer tout ce qu’on veut! Merci Jo pour ce sujet des plus intéressants!

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