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ÉditorialPuisqu'il y a des choses qui doivent être dites, aussi bien les dire avec une verve franche et directe. Des sujets chauds, traités vivement sans trop de fioritures.

Le 51e état

Par • 7 février 2008 à 0:00

Avez-vous un peu suivi les élections dernièrement ? Nos candidats sont féroces ; ils sont prêts pour la longue année qui les attend, à débattre, à essayer de convaincre les citoyens qu’ils représentent le meilleur choix. Nul doute que celui, ou celle, qui sera choisi(e) aura un impact énorme sur notre économie, notre politique étrangère, notre implication militaire et notre place sur l’échiquier mondial. Le problème, c’est que vous et moi ne faisons pas partie de la population votante.

 

Les élections américaines, qui, des primaires à la consécration devant le Capitole, durent plus d’un an, nous affectent profondément à intervalles régulières. De plus en plus, même, depuis les voisins se sentent moins en sécurité que nous, ont moins d’argent que nous, ont plus de problèmes de toutes sortes que nous. Il en résulte parfois des réactions de leur part qui ne nous concernent peut-être pas directement en tant que Canadiens, mais disons que d’autres en voient l’application assez brutalement : par exemple, des pays comme l’Irak et l’Afghanistan, qui ont tâté de l’agressive politique étrangère américaine, dont le seul équivalent qui me vient à l’esprit serait une swing de botte à cap dans la face. D’autres, comme la France ou l’Allemagne, à cause de leurs positions opposées à la guerre en Irak, ont connu des années où les anciens copains d’outre-Atlantique frisaient le racisme culturel (qui ne se souvient pas des fameuses Freedom Fries, et de ces séances collectives de vidage de bouteilles de vin rouge français dans le Mississipi). Bref, quand les Américains sont fâchés, le monde entier le sait, et ce n’est même pas une façon de parler. Tout ça fait que le pauvre petit Canada et ses maigres 33 millions d’habitants, coincés entre deux super géants (n’oublions pas les Russes au Nord), a de la plus en plus de difficultés à maintenir une pleine et entière indépendance politique, culturelle, économique, et même territoriale.

 

Les Canadiens se vantent souvent qu’ils sont altruistes, socialistes, avec tous ces systèmes gratuits (santé, éducation, bien-être social), destinés à créer une société égalitaire, juste, où chacun à droit aux mêmes avantages collectifs que son prochain. Et pourtant, les Conservateurs, qui comme on le sait représentent la formation politique la plus près de ce qui se fait au sud, sont au pouvoir depuis deux ans. Un gouvernement qui, avouons-le, fonctionne plutôt bien depuis son arrivée, mais qui néanmoins s’aligne fortement sur les U.S., avec tout ce que cela peut inclure (ou non) comme conduite quant à la gestion des programmes sociaux. Mieux encore, la population « canayenne » ne veut pas d’élections. Tout va bien, ce cinquante-et-unième état américain qu’est le Canada, avec sa population inférieure à celle de la Californie fin seule, inférieure aussi à celle de l’état de New York, ne fait pas de lien avec les USA de l’après-11 Septembre. Le dollar canadien monte, le pouvoir d’achat aussi, se dit-on ; pourtant, un rapide coup d’œil, un petit retour dans notre mémoire, et on se rend compte que cette situation avantage bien plus les voisins, dont l’économie est chambranlante depuis le début des années Bush. Évidemment que les difficultés de nos secteurs minier, forestier, manufacturier, dus à la force du huard, est bénéfique pour eux au bout du compte. Et je vous dis ça comme ça, mais laisser flotter sa devise, comme disons le dollar américain, pour qu’il suive disons les courants financiers mondiaux (et donc qu’il baisse ou descende de façon relativement régulière, dépendamment de la situation), disons que ça existe. Et ça se fait très bien, plutôt facilement. Ici aussi, le lien n’est pas fait avec ce bon vieil oncle Sam.

 

En voici une autre plus évidente : ces grands espaces blancs, cette neige éternelle, ce Nord infini qui borde nos frontières d’en haut a fini par raviver le dormant impérialisme américain, il semble. Maintenant qu’on sait qu’il y a du pétrole, des métaux et des minéraux, bref de véritables liasses de billets verts congelés sous cette croûte d’eau dure, on voudrait y faire de l’exploitation comme si c’était chez soi. Et, étant donné que le réchauffement planétaire n’a pas que des mauvais côtés (eh non…), le passage du Nord semble une réalité à l’année maintenant, la fonte des glaces s’effectuant beaucoup plus rapidement que par le passé. On voudrait donc y passer sans demander de permission à personne, surtout pas le pays propriétaire. Nous. Le Canada. Tout ça remet en cause notre intégrité territoriale, menace nos richesses, met au défi notre conviction de défendre ce qui nous appartient.

 

Mais… à quel point les Canadiens forment-ils une nation (ou plutôt) le regroupement de deux nations distinctes) indépendante, différente, unique ? Avec tous ces faits nouveaux qui changent la donne, et toujours cette gouvernance du pouvoir qui nous échappe parce que nous ne sommes pas formellement à l’intérieur des limites des États-Unis d’Amérique, mais qui malgré tout affecte de plus en plus nos vies, pouvons-nous encore prétendre à une pleine indépendance, une véritable gestion de nos destinées nordiques ? Ou, au contraire, sommes-nous en train de devenir, sommes-nous d’ores et déjà le cinquante-et-unième état de la fédération américaine ? Après tout, nous regardons le Super Bowl, les 5 sixièmes des équipes de notre sport national sont localisées dans des villes américaines, les investisseurs venant du sud n’ont jamais été aussi nombreux. On écoute leur musique, on bâtit nos villes pour qu’elles ressemblent aux leurs, on achète les mêmes produits qu’eux à l’épicerie, on s’habille comme eux, passons nos fins de semaine à faire sensiblement la même chose. Ben voyons ! Il ne manquerait plus qu’on ait le même genre de gouvernement, qu’on leur laisse « notre » Nord, et que nos dollars soient comparables, en valeur et en signification, aux leurs…

 

…oups.

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4 Réponses »

  1. On devient obèse, comme eux, on s’embobine de Wal Mart, de chez eux. On endure les « Costco Wholesale » qui traversent la frontière… Ouch, tu me fais peur… et ce qui me fait le plus peur c’est notre molesse et notre tendance à se laisser faire en fermant les yeux.

  2. Il est évident que les frontières ne sont que des lignes théoriques qui n’existent pas dans la réalité. L’influence traverse, comme par osmose, du milieu le plus concentré vers le moins concentré (en parlant de population dans ce cas-ci). Est-ce à plaindre ou à accepter tel quel comme un fait ? Je ne sais pas. Chose sûre, il n’y a pas que du mauvais à emprunter des voisins du Sud… Mais ça demeure de l’assimilation passive. Heureux de voir qu’on s’en rend compte au moins!

  3. L’effet d’équilibre fait effectivement que nous absorbons beaucoup plus de nos voisins que le contraire (comme ailleurs, la Suisse et la Belgique subissent une pression culturelle de la part de la France, l’Allemagne exerce une influence considérable sur l’Autriche, etc.). Le problème ici, c’est qu’on est à côté d’une source de radiation qui a des tentacules partout dans le monde, tellement elle est puissante. Et nous sommes juste à côté…

  4. Pour des raisons économiques entre autres et pour « acheter » la paix, il y a longtemps que le Canada est le 51e état américain. Sinon, ça ferait longtemps que nos troupes seraient revenues d’afghanistan et que nous aurions pris un tournant vert comme à l’époque de la ratification de l’accord de Kyoto. Aussi bien se faire à l’idée, le Canada ne fait pas le poids. Regardez le mal qu’on a eu à convaincre les américains à recommencer à consommer nos viandes après la crise de la vache folle et les problèmes liés au bois d’oeuvre. Canada, 51st state of the USA. Ça sonne bien??

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