DimancheMatin.com | 10 ans de communication et de divertissement   

L’Audition, réussie haut la main (2005)

Par • 21 octobre 2007 à 20:24

Louis Tremblay (Luc Picard), un collecteur de dettes, est en pleine période de remise en question. Son emploi commence à le blaser, d’autant plus que son partenaire Marco (Alexis Martin) n’est pas très professionnel. En outre, Louis réussit à obtenir une chance lors d’une audition pour un film (un rêve d’enfance qui ne l’a jamais quitté). Pour ce faire, il va s’exercer, à l’insu de sa blonde, avec l’aide d’un entraîneur privé : l’acteur reconnu Philippe Chevalier (Denis Bertrand). Pendant ce temps, sa blonde Suzie (Suzanne Clément) apprend qu’elle est enceinte et ne sait pas si elle va élever son futur enfant dans un environnement aussi violent que celui de son chum.

 

L’Audition est, à tous les niveaux, un film sublime. Pour avoir écrit, réalisé et tenu le premier rôle de ce film, on peut dire que Luc Picard a réussi un grand coup. Vraiment. Tout d’abord, le scénario n’est pas sans dangers. Picard amène le spectateur dans des zones délicates tout au long de la production. Il prend des risques cinématographiques dont les résultats ne sont pas assurés. Par exemple, la gamme d’émotions contenue dans L’Audition est extrêmement variée. Le spectateur ressent les émotions du personnage principal avec une proximité peu commune : on passe du rire (scatologique ou plus subtil) à la surprise, puis à l’indignation, puis encore au rire, puis à la sympathie, etc. L’interprétation de Picard est de grande qualité, mais sans faire ombrage aux autres acteurs pour autant. Il n’y a pas un seul acteur qui ressort par son intensité, il s’agit plutôt d’une combinaison de belles interprétations qui fait une œuvre de haut niveau. De plus, les transitions sont parfois très abruptes entre les tons, ce qui crée un effet particulier. Par exemple, une scène touchante peut s’arrêter brusquement et bifurquer sur le rire en quelques secondes. Le résultat est aussi déstabilisant que superbe.

 

Ensuite, ce qui fait la qualité de ce film, ce sont les détails si soignés que l’on jurerait voir à l’œuvre un réalisateur expérimenté. Premièrement, la musique, composée par Daniel Bélanger, est envoûtante et se mêle à merveille avec les tons variés du film. On pourrait l’écouter jouer le thème musical au piano pendant des heures sans se lasser. Deuxièmement, les personnages principaux sont bien développés, mais les personnages secondaires aussi. Même les figurants ont le privilège d’avoir quelques répliques, c’est-à-dire que les serveurs de restaurant ont un droit de parole qui, traditionnellement, est inexistant pour des raisons budgétaires. Troisièmement, l’éclairage et les angles de caméra rendre justice à l’œuvre, tout comme les effets spéciaux qui sont très réalistes et surprenants. De plus, Picard donne une valeur cinématographique à un lieu oublié du cinéma depuis Pulp Fiction : les toilettes. Les cabinets d’aisances deviennent carrément, dès la deuxième scène qui rappelle L’inspecteur Specteur et le doigt mort de Ghyslain Taschereau, le fil conducteur du récit. Pour ces raisons et pour mille autres encore, j’accorde une note parfaite à un film presque parfait.

 

*****

Par
Lire les 99 articles par

3 Réponses »

  1. Je me souviens d’avoir vu ce film. Je suis plutôt convaincue que c’est le genre de film qui serait oscarisé s’il avait été produit chez nos voisins. C’est drôle le parallèle que tu fais avec L’inspecteur Specteur car plus j’y pense, plus ça fait du sens! Belle critique passionnée !

  2. Tu as 100% raison, William ! L’Audition est un magnifique film québécois unique que peu de gens ont vu : parlez-en autour de vous et vous verrez. C’est dommage car Luc Picard a réussi là une oeuvre personnelle et mémorable. L’histoire est crédible et ses comédiens font montre d’un talent éclatant. À voir absolument !

  3. J’aime bien le point que tu apportes, Richard. Je ne sais pas si je peux généraliser, mais il me semble que ce film n’a pas bénéficié de beaucoup de pub. Il gagnerait certainement à être connu.

Laisser un Commentaire

Code de lecture : 2018 , 1