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Jouliks – Entrevue avec la comédienne Catherine Bégin

Par • 19 février 2007 à 3:10

Œuvre dramatique à la réputation enviable, Jouliks part cette semaine dans une tournée qui la mènera de St-Jean-sur-Richelieu à St-Félicien (voir l’horaire précis à la fin). Écrite par la comédienne Marie-Christine Lê-Huu et mise en scène par Robert Bellefeuille, cette histoire d’amour qui (se) déchire et de famille qui part au vent est présentée à travers les yeux de la Petite. Elle n’a que sept ans, mais son regard n’en porte pas moins large. Elle voit en fait ce que le cœur des adultes n’ose pas se dire en face. Le mot « jouliks » remplace le mot « voyous », de ces voyous qui aiment tout croche, de ces voyous épris de liberté. Aux côtés de l’auteure, qui joue le rôle de la fillette narratrice, on peut retrouver les comédiens Anick Lemay, Patrick Goyette, Aubert Pallascio, Vincent Leclerc et Catherine Bégin. Avec toute la générosité et la passion qui lui sont propres, cette dernière a d’ailleurs accepté de répondre à nos questions en vue du passage de la pièce dans votre coin de pays (oui, oui, pas très loin de chez vous!). En attendant la critique qui paraîtra ici même en mars, entretien avec une grande dame du théâtre.

 

Dimanche Matin : Votre personnage de la Mé dans Jouliks vous a valu le Masque de l’interprétation féminine dans un rôle de soutien, en décembre 2005. Quel attachement particulier portez-vous à ce rôle et quelles en sont les couleurs ?

 

Catherine Bégin : Quand j’ai lu le texte pour la 1ère fois, c’est par ses signes extérieurs que le personnage m’a d’abord conquise : la Mé a le verbe haut, des répliques à l’emporte-pièce, de l’énergie à revendre et un amour évident de la vie. D’où le plaisir facile et un peu à courte-vue pour l’interprète d’être d’abord certain que le rôle est solide. Mais très vite, j’ai été atteinte par la maladresse de la Mé à dire les choses de la tendresse, à en trouver les gestes. On connaît tous de ces gens qui, s’ils aiment profondément, sont incapables de le prouver. J’imagine à quel point ce doit être terrible à vivre pour eux; j’imagine à quel point la Mé doit être frustrée, elle qui aime passionnément sa fille, de ne pas être capable de l’exprimer. Elle compense en prenant de la place, en régissant tout et, forcément victime de ce cercle vicieux, se rend insupportable. J’éprouve une infinie compassion pour elle.

 

DM : Jouliks a d’abord été créée au Théâtre d’Aujourd’hui, il y a deux ans. La pièce entame cette semaine une tournée d’une vingtaine de villes québécoises. Que représente pour vous la reprise d’un succès théâtral ? Quels en sont les pièges et les joies ?

 

CB : Dans le cas d’un si beau texte, d’abord la joie de retrouver ces mots-là, ces émotions-là. Puis la passionnante aventure qui consiste à découvrir de quelle façon le personnage a incubé et ce qui nous apparaît plus essentiel en lui aujourd’hui que naguère. Le piège, lui, est typique de la fragilité de l’acteur en scène; par honnêteté intellectuelle, il va tenter de se renouveler, de faire mieux que la précédente fois et… il risque alors de tout gâcher. En somme, il faudrait avoir un corps obéissant qui retrouve les places et les gestes exacts et des yeux neufs qui… les réinventent !

 

DM : Vous qui avez déjà participé à plusieurs tournées depuis vos débuts de comédienne, dans les années 1960, comment compareriez-vous les tournées d’hier avec celles d’aujourd’hui ?

 

CB : Sauf celles à l’étranger, le théâtre québécois ne fait plus de tournées, que des « sorties ». Dans le cas de Jouliks, par exemple, sur une trentaine de représentations (ce qui est beaucoup de nos jours !), il n’y a guère que 6 fois où on ne revient pas à Montréal le soir ou la nuit même. Avant, on enchaînait d’une ville à l’autre, on partait des semaines, on jouait plus de soixante fois. C’était passionnant ! Aujourd’hui, par contre, les salles sont mille fois mieux équipées…

 

DM : Comédienne de formation, Marie-Christine Lê-Huu est aussi une jeune auteure pleine de talent et de promesses. Dans quelle mesure est-ce important pour vous de participer à l’essor d’une relève dramaturgique au Québec ?

 

CB : La création, c’est la survie d’une dramaturgie; c’est simple, sans nouvelles œuvres, on tourne en rond, on se répète. Ce qui fait la force mondialement reconnue de notre théâtre, c’est le sang neuf qu’apportent nos jeunes dramaturges et leur audace. Mais comme comédienne, je n’y participe pas plus qu’à une œuvre de répertoire que je jouerais. C’est simplement un cadeau qui est fait à l’acteur qu’un rôle dans une création. Car pour l’inquiétude d’attendre le verdict du public, elle est la même à jouer un rôle de répertoire ! Par contre, d’entendre les témoignages des spectateurs qui découvrent un nouvel auteur, ça, c’est exaltant !

 

DM : Le théâtre est un art vivant, qui ne saurait se passer de spectateurs. En terminant, qu’auriez-vous à dire au public pour l’inciter à fréquenter davantage le théâtre, à aller à la rencontre de ses artistes et artisans ?

 

CB : Que justement c’est un art VIVANT; que le spectacle est unique chaque soir, que l’acteur, au théâtre, travaille sans filet et qu’il n’est rien de comparable à ce qui unit les spectateurs entre eux devant une œuvre à laquelle ils communient. Mais la sensibilisation des citoyens au théâtre, qui devrait être orchestrée par l’État, est une opération de longue haleine, qui prendrait une vingtaine d’années et commencerait dans les toutes premières années d’école.

 

DM : Si au moins le public et l’État pouvaient entendre cet appel… Merci madame Bégin !

 

JOULIKS. Une production du Théâtre d’Aujourd’hui, texte de Marie-Christine Lê-Huu, mise en scène de Robert Bellefeuille, assisté de Diane Fortin. Scénographie et accessoires : Jean Bard. Éclairages : Étienne Boucher. Musique originale : Louise Beaudoin. Costumes : Sarah Balleux. Avec : Marie-Christine Lê-Huu, Anick Lemay, Catherine Bégin, Patrick Goyette, Aubert Pallascio et Vincent Leclerc.

 

Présenté à St-Jean-sur-Richelieu (23 février), Montréal-Nord (25 fév.), Sept-Îles (27 fév.), Baie-Comeau (28 fév.), Gatineau (2-3 mars), LaSalle (4-5 mars), Longueuil (8-9 mars), Terrebonne (10 mars), Trois-Rivières (13 mars), St-Jérôme (17 mars), Ste-Thérèse (18 mars), Laval (23-24 mars), St-Léonard (25 mars), St-Laurent (27 mars), Drummondville (28 mars), Ste-Geneviève (30 mars), Joliette (31 mars), L’Assomption (3 avril), Valleyfield (7 avril), Sherbrooke (10 avril), Chicoutimi (12 avril), Shawinigan (14 avril), Beloeil (15 avril), Alma (21 avril), St-Félicien (22 avril).

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