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ÉditorialPuisqu'il y a des choses qui doivent être dites, aussi bien les dire avec une verve franche et directe. Des sujets chauds, traités vivement sans trop de fioritures.

Honteux laisser-aller

Par • 27 avril 2012 à 8:46

Le conflit étudiant traîne en longueur depuis des mois et rien ne laisse croire qu’on se dirige vers une résolution du conflit prochainement.

Ce qui a commencé par une grève étudiante en réaction à l’annonce de la hausse des frais de scolarité a rapidement dégénéré en une crise sociale qui n’aurait jamais dû prendre de telles proportions.

Si on se rapporte au début du conflit, nous avions l’impression d’assister à une reprise de la grève étudiante de 2006. Tout le monde aimait bien Gabriel Nadeau-Dubois qui s’exprimait avec volubilité et éloquence. Et le méchant gouvernement ne voulait pas céder un pouce. S’en est suivi un débat où le parti Libéral est demeuré sur ses positions. Les étudiants également.

Depuis ce temps, de l’eau a coulé sous les ponts, des vitrines de commerce ont été fracassées, du poivre de cayenne a été aspergé, des injonctions ont été défiées et des policiers ont été « sursolicités ». Qu’a fait le gouvernement pendant que les directeurs d’établissements scolaires s’arrachaient les cheveux de sur la tête pour essayer de respecter les ordres du tribunal tout en essayant de sauver la session ? Qu’a fait le gouvernement pendant que les dirigeants de CÉGEP et d’universités étaient pris entre les manifestants et les élèves qui désiraient retourner en classe ?

Qu’a fait le gouvernement pendant que la métropole se retrouvait dans le chaos jour après jour, et ce, depuis des mois ?

Qu’a fait le gouvernement pendant que les policiers se sont épuisés à gérer des manifestations qui, à ce jour, s’élèvent à plus de 160, et ce, seulement à Montréal ?

Qu’a fait le gouvernement pendant que les sessions se perdent, que l’industrie du tourisme perd sa main d’œuvre estivale, que les policiers coûtent de plus en plus cher en temps supplémentaire, pendant que la population est prise en otage dans des bouchons de circulation et dans du grabuge et du vandalisme qu’elle n’a jamais souhaité ?

Voici ce qu’a fait le gouvernement. Le premier ministre Charest est demeuré sur ses positions. Il a envoyé Line Beauchamp au bûcher ramasser l’odieux d’un conflit qui s’éternise. Il a envoyé son ministre de la sécurité publique, Robert Dutil, accuser publiquement un jeune porte-parole étudiant d’être responsable des violences. Il a envoyé le ministre des Finances dans la mêlée et hier, il a même balancé le ministre délégué aux finances, Alain Paquet dans l’arène.

Dans les faits, Jean Charest a envoyé tout un gratin de ministres faire des fous d’eux-mêmes sur la place publique pendant qu’il demeure sur ses positions sans broncher. Il met sur les épaules de ses ministres, l’odieux de devoir répondre à l’inexplicable. C’est-à-dire, pourquoi le gouvernement laisse dégénérer ce conflit ?

Les directeurs de CÉGEP, les recteurs, les policiers et la population en général gèrent tous ce conflit du mieux qu’ils peuvent à la place du gouvernement. Récemment, même le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a martelé que les affrontements avaient assez duré. « Les gens sont écoeurés », a-t-il pesté. C’est tout dire venant du personnage reconnu pour sa relative timidité à intervenir dans les dossiers.

Il est vrai que Gabriel Nadeau-Dubois n’est pas un enfant de chœur et que plus le conflit perdure, plus son discours semble se radicaliser. Mais de là à en faire l’ennemi numéro un du Québec ? Vraiment ?

Certains analystes politiques proches du parti Libéral soutiennent qu’il s’agit d’une stratégie gouvernementale qui a pour but de diaboliser  les étudiants afin de mettre la population de son côté en vue d’éventuelles élections. Si tel est le cas, il faut avouer qu’il s’agit de méthodes plutôt pernicieuses. Laisser un conflit se dégénérer ainsi, laisser la métropole du Québec devenir le champ de bataille d’affrontements quotidiens et laisser la population payer les frais du vandalisme commis et de la facture salée associée au travail des policiers et au report de session est un honteux laisser-aller. Qu’on soit d’accord ou non avec la hausse des frais de scolarité n’est plus la question rendu à ce point-ci.

Le véritable scandale est que le gouvernement ne fasse rien pour apaiser les esprits. Le véritable scandale est que le gouvernement tente de faire oublier ses propres bas sales en faisant passer les étudiants pour des anarcho-syndicalistes fascistes et en souhaitant que toute cette situation pourrie rapporte des fruits lors du prochain scrutin. Souhaitons que la population ait la mémoire plus longue que les derniers mois lorsque viendra le jour J.

 

 

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