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ÉditorialPuisqu'il y a des choses qui doivent être dites, aussi bien les dire avec une verve franche et directe. Des sujets chauds, traités vivement sans trop de fioritures.

Fission forcée

Par • 12 juillet 2007 à 11:00

Est-ce que vous savez ce que c’est, une connotation à teneur péjorative ? C’est un mot ou une phrase contenant une ou plusieurs allusions faites à quelque chose, et dont le sens tend à suggérer une certaine interprétation, véridique ou non, sur cette même chose. Tiens, un petit exemple, comme ça : la phrase « fusions forcées ». Deux mots qu’on a souvent vus accolés l’un à l’autre au Québec depuis quelques années. Dans la bouche des gens, sur des pancartes, au bulletin de nouvelles d’après-souper, bref un peu partout. Ce qui est bien, avec une connotation péjorative réussie, c’est qu’on n’a pas besoin de penser ; on ne fait que la dire pour proclamer sa position, pour dire de quel côté on se tient. Ça évite de réfléchir : tout le travail est déjà dans les mots.

Le problème, c’est que quand on ne réfléchit pas, on est très souvent cons. Depuis 2000, alors que le gouvernement de l’époque (celui du Parti Québécois mené par Lucien Bouchard) a mis en marche le projet le plus ambitieux, mais aussi le plus controversé de l’histoire des municipalités du Québec, on a utilisé cette expression, « fusions forcées », à toutes les sauces. Sans consultation populaire pour les approuver, les fusions sont restées en travers de la gorge de bien des Québécois. On était tellement fâchés, et on voulait tellement le crier sur les toits du monde, que certains maires jusque-là grassement payés, mais qui allaient perdre leur précieux titre firent poser des pancartes le long des grandes artères de leur ville, aux frais des contribuables, pour défendre leur cause (d’ailleurs, je tiens à souligner à ce titre la conduite irresponsable de l’actuelle mairesse de Québec Andrée Boucher, probablement la plus démagogue de tous les politiciens québécois après Jean Lapierre). On était tellement en crisse qu’on s’est offert Jean Charest et sa gang, en guise d’auto-flagellation. On était tellement en beau tabarnak qu’on a puni le PQ en votant contre les bloquistes aux élections fédérales qui suivirent. Et comme on sait, ça réfléchit si bien quand on voit rouge…

Alors, dans son défoulement sans bornes, dans sa colère divine, le Québécois moyen, qu’il soit de Ville La Salle, de Jonquière, de Sherbrooke, de Sainte-Foy, de Hull, de Saint-Jean Chrysostome ou de Verdun, et bien il a commencé à crier aux fusions forcées. Pas de consultations. Changement de noms de rues. Nouvelles élections à date fixe. Fusion des centrales de polices et de pompiers. Plus d’identité. Plus de personnalité. Les arguments, aussi vides que nombreux, se sont mis à fuser de toutes parts. Les médias, sentant le pouls de la population, ont aussi adopté cette fameuse expression.

Pourtant, quand les nouvelles municipalités ont vu le jour le 1er janvier 2002, on savait que le système municipal en place était plein de trous : dépenses injustifiées, creusage entre les quartiers plus riches et ceux plus pauvres d’un même ensemble urbain, redondance administrative, perte d’efficacité dans les interventions policières, etc. Cette mesure permettait donc (en théorie, je l’avoue) de ramener un certain équilibre dans la balance, de centraliser les moyens en place, d’optimiser les services, d’avoir plus de poids sur la scène provinciale, voire nationale et internationale. Mais à cause d’un changement de nom de rue, d’une certaine période d’adaptation, on était réfractaires. Jamais on n’a pensé plus loin que sa propre cour, jamais on n’a pris en considération qu’il pourrait en découler des avantages.

On ne nous a pas consultés. Et alors, est-ce qu’on consulte la population à chaque projet de loi ? Est-ce qu’on organise un référendum à l’échelle de la province à chaque fois qu’il se dépose un budget ? Est-ce qu’on n’élit pas un gouvernement pour qu’il gouverne, pour qu’il prenne des décisions pour faire avancer la nation dans son meilleur intérêt ? Résultat de toute cette colère relâchée, la « troupe » de Jean Charest a surfé sur un vent de mécontentement, et concocté un dispositif timide et complexe de « défusions » pour les habitants des municipalités qui le désiraient. Aujourd’hui, même si la plupart des gens se sont rendus compte que le monde continuait malgré tout de tourner, certains regroupements réfractaires préfèrent bouder dans leur coin, mais se mordent parfois les doigts de voir les villes unifiées accomplir des choses qu’une municipalité seule ne pourrait réaliser faute de poids et de moyens que l’union des forces peut procurer.

J’ai dans l’idée que le gouvernement libéral de Jean Charest s’est rendu compte, même avant les élections d’avril 2003, que les fusions municipales n’étaient pas une si mauvaise chose, qu’ils s’étaient mis les pieds dans une belle merde en promettant des défusions à tous ceux qui en souhaitaient encore, et qu’il a délibérément compliqué le processus visant à les permettre. Depuis, certaines municipalités sont quand même ressuscitées, et elles ont pu conserver leurs nostalgiques noms de rues et leur si précieuse « identité ». Mais ça grince des dents dans le West Island quand la Ville de Montréal parle d’enlever la gratuité pour les non-résidents à certains des événements qu’elle organise. Ça rage à St-Augustin, en périphérie de Québec, quand on parle d’investir massivement dans les infrastructures de la ville sans qu’on soit concerné. Soyez heureux, pourtant… On vous a enfin consultés ! Votre voix a été entendue, citoyens ! Au pire, si vous regrettez votre choix, vous n’aurez qu’à revenir en rampant… Mais peut-être préférez-vous la bonne vieille méthode stick to the plan, après tout, le changement ça fait peur, on ne sait pas ce qu’il y a au détour.

Et c’est très bien comme ça. Que ceux qui veulent faire bande à part le fassent. Qu’ils se rappellent seulement que l’union fait la force.

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4 Réponses »

  1. J’ai toujours été d’accord avec les fusions et je regrette que le maître d’oeuvre de ce projet, l’ex-maire de Montréal, Pierre Bourque ait été battu aux élections et que c’est Gérald Tremblay qui a « exécuté » le projet du maire Bourque quand M. Tremblay était anti-fusioniste dès le départ. Et l’attitude Charest est pareille comme celle de Harper sur le mariage gay. Les fusions étaient faites et Charest savait qu’elles étaient profitables mais pour se faire élire, il a promis les défusions qu’il n’a pas eu le choix de réaliser. Tout comme Harper qui a proposé un vote libre en chambre sur le mariage gay quand il savait très bien que les libéraux avaient implanté le mariage gai et que la majorité de la population supportait ce projet. On veut le pouvoir et on promet ce que la masse ou l’électorat visé demande et rendu au pouvoir, on exécute en mettant des bâtons dans les roues… Les politiciens essaient de plaire à tout le monde en même temps!! Les cathos et les islamistes; les syndiqués et le patronnat,les gays et les homophobes… C’est une question de popularité!! Et mes chers concitoyens, continuons d’élire des gouvernements MINORITAIRES!!! C’est la meilleure chose qui puisse nous arriver!!!

  2. Très très bon texte mon cher. Tu as parfaitement résumé ce que j’en pensais. Merci de si bien nous écrire ! 😛

  3. Après relecture de ce texte, je l’aime beaucoup. Surtout le segment qui traite de la connotation à teneur péjorative. Y’a rien de plus vrai! Cette expression a forcément joué sur l’avis des gens. Et ce genre de manipulation doit être monnaie courante en politique. Merci de débusquer les complots et de porter les crosseurs sous les projecteurs cher Jonathan Habel.

  4. Merci à vous trois 🙂

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