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Entrevue avec Guillaume Faguy

Par • 17 juillet 2008 à 14:50

Guillaume Faguy fait partie de la toute dernière cuvée de l’École nationale de l’humour. Entretien avec un finissant 2008.

WILLIAM BERETTA — Qu’est-ce que le passage à l’École nationale de l’humour t’a apporté ?

GUILLAUME FAGUY — De l’efficacité et de l’ouverture. L’école t’apprend à être efficace dans ton style humoristique, question de savoir comment formuler un gag de façon à ce qu’il soit le plus drôle possible : où placer les mots, quel procédé utiliser, etc. Ça paraît pas toujours, mais y’a de la théorie derrière l’humour et c’est très utile. Et avec l’école, tu consommes beaucoup d’humour. Tu côtois aussi les mêmes dix personnes pendant deux ans et, sans le vouloir, ils finissent par déteindre sur toi. Ça te permet de t’ouvrir à d’autres styles et d’enrichir le tien avec ce que les autres t’apportent.

W.B. — Est-ce un passage nécessaire ?

G.F. — Pour moi, c’était nécessaire, ou du moins, ça m’a sauvé des années d’essais et d’erreurs. Y’a des gens qui disent que les deux ans d’école équivalent à six ans d’expérience dans le milieu. Donc, ç’aurait pu prendre six ans pour être au niveau où je suis présentement, si je n’avais pas été à l’école. J’crois pas que ça soit vrai pour tout le monde, y’a bien des gens qui ne sont pas allé à l’école et pour qui ça va très bien. C’est surtout une question d’économie de temps. Les essais et erreurs se déroulent beaucoup plus rapidement à l’école avec les professeurs qui peuvent te dire exactement ce qui va et ce qui ne va pas. En plus, avec l’école, on a accès à des professeurs qui sont des professionnels du milieu, pis ça, ça n’a pas de prix. Il ne faut pas oublier aussi que l’école offre un certain système de placement, c’est-à-dire que, même après avoir gradué, les ressources de l’école sont encore disponibles et ils vont même faire un effort pour te « booker », t’offrir des contacts, etc.

W.B. — Peux-tu nous tracer les grandes lignes du spectacle des finissants 2008 de l’École nationale de l’humour ?

G.F. — Onze finissants, un peu plus de 90 minutes d’humour haut en couleur et aucun temps morts. L’idée avec le spectacle, c’était de voyager dans la tête des onze humoristes et de faire ressortir nos univers sur scène. Donc, chaque humoriste présente un numéro. Entre chacun des numéros, on assiste à des transitions, c’est-à-dire à un coup d’œil à l’intérieur de la tête de l’humoriste, question de dire, « le dernier numéro est terminé et voici ce qui vous attend ». Comme ça, même si c’est un spectacle avec des humoristes très différents, c’est quand même un show de groupe, grâce à ces transitions qui unissent le tout. Le spectacle contient de la danse, du chant, des costumes inattendus, des projections et beaucoup de surprises.

W.B. — Quelle est ton implication là-dedans ?

G.F. — Mon implication est du même ordre que celle de tous les gens du groupe. Nos numéros sont individuels, mais le reste du spectacle est travaillé en groupe et chacun y va avec ses forces. On a dû écrire des gags pour les numéros des autres. Donc, à travers le spectacle, on retrouve de tout le monde, partout. J’ai des gags parsemés dans le spectacle, même à des endroits qu’on ne se douterait pas, question de style.

W.B. — Dans le spectacle des finissants, tu présentes un numéro plutôt audacieux sur la pauvreté en Afrique. Quel genre de réception ton numéro reçoit-il ?

G.F. — Une réception inégale. Parfois, le numéro fonctionne très bien et, d’autres fois, c’est beaucoup plus « subtil » comme réaction. Je ne saurais trop expliquer pourquoi. J’imagine que certaines personnes n’ont pas envie de rire d’un sujet tel que celui-là. Et ça, ça va affecter le reste de la salle d’une certaine façon. Des fois, j’ai l’impression que les gens sont gênés de rire quand ils voient que plusieurs autour d’eux ne trouvent pas ça drôle pantoute. C’est un effet de foule, mais, heureusement, dans plusieurs salles, le nombre de personnes qui trouvent ça drôle est plus élevé que le nombre de personnes qui ne tripent pas. Dans ce temps-là, pas mal tout le monde va embarquer et les gens qui trouvaient pas ça drôle vont peut-être finir par se dire : « Ouais, O.K., c’est drôle finalement, même si le sujet ne l’est pas a priori ». Mais c’est spécial de voir des salles qui rient pas à 80-90%, et qu’il y a un 10% qui est crampé à s’en arracher les côtes.

W.B. — Ha ! Ha ! J’ai déjà fait partie de ce 10% et c’est vrai que les gens autour nous regardent de manière bizarre. Ton numéro a-t-il été peaufiné ou ajusté au fil des représentations ?

G.F. — Il a été beaucoup peaufiné et ajusté. Je ne crois pas avoir fait deux spectacles avec le numéro exactement pareil. À chaque fois, j’essaie des gags, pour voir si je peux pousser plus loin des affaires ou, au contraire, j’suis mieux d’y aller plus doucement. Si on regarde le numéro présentement et si on le compare à ce qu’il était au début de la tournée, la différence est frappante. Il s’est beaucoup adouci et il est fait de façon beaucoup plus sympathique. Je ne vais plus où j’allais auparavant avec ce numéro. J’ai précisé mes intentions, j’ai rendu ça plus sympathique et j’ai coupé ce qui était trop choquant.

W.B. — Comme ton numéro parle de l’Afrique, je vais te poser des questions relatives à ce continent. Selon toi, si l’on faisait une course entre une girafe et un okapi, qui gagnerait ?

G.F. — Si j’ai appris quelque chose, c’est qu’il faut toujours miser sur la girafe. C’est un fait, demandez pas pourquoi. En plus, j’ai un différend avec l’okapi. Moitié zèbre, moitié girafe, branche-toi okapi ! Et vraiment, qui a besoin d’aussi grosses oreilles ? Si ce n’est pour écouter aux portes, j’vois pas ! Personnage très suspicieux, cet okapi. Ça serait son genre d’accepter un peu d’argent en échange de perdre la course. À retenir : ne jamais parier sur l’okapi, surtout qu’il est en voie d’extinction, il ne risque pas de traîner dans le coin encore longtemps.

W.B. — Que ferais-tu si tu avais des pouvoirs vaudou ?

G.F. — Je ferais une poupée à mon image et je gratterais le petit espace du dos que je ne suis pas capable de rejoindre comme du monde. Ensuite, je m’autopersécuterais parce que la sorcellerie, c’est immorale. C’est vraiment vraiment chouette, c’est super cool à voir la magie, mais, c’est immoral.

W.B. — On sort de l’Afrique un peu. Est-ce que la toune « Eye of the Tiger » peut rendre virile n’importe quelle activité ?

G.F. — Absolument. En ce moment même, pendant que je réponds à tes questions, on écoute  « Eye of the Tiger » et mon poil de chest pousse à vue d’œil. Il pousse tellement, je dois prendre des pauses pour raser mon poil à cause que je ne te vois plus. « Eye of the Tiger » peut rendre n’importe quelle situation virile, tout comme les trois derniers albums de Madonna peuvent rendre n’importe quelle situation désagréable.

W.B. — En terminant, roche, papier ou ciseaux ?

G.F. — Sable. Je garde toujours une poignée de sable dans mes poches pour les occasions où on me provoque en duel. Du sable dans les yeux de mon adversaire bat la roche, le papier et les ciseaux.

Spectacle des finissants de l’École nationale de l’humour

10-11-12-15-16-17-18 juillet 2008

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