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ÉditorialPuisqu'il y a des choses qui doivent être dites, aussi bien les dire avec une verve franche et directe. Des sujets chauds, traités vivement sans trop de fioritures.

Die kleine Geschichte von Herr Schreiber

Par • 13 décembre 2007 à 0:00

Et c’est reparti. La mode des enquêtes publiques et des commissions parlementaires ne s’essouffle pas. Depuis quelques temps, comme une suite à la commission Bouchard-Taylor, celle de Johnson sur le viaduc de la Concorde, ou encore celle qui a parti le bal, la Commission Gomery, on nous sert les interrogatoires confus de Karlheinz Schreiber, cet industriel d’origine allemande, à la télé sur l’heure du dîner. À croire que fourrer le contribuable canadien en secret n’est plus suffisant, il faut aussi le fourrer en direct sur les principaux canaux d’information.

 

À chaque fois, c’est une question d’argent. De l’argent qui manque, de l’argent qui a été offert, qui a été encaissé, qui a été mal géré. Et, question peut-être de justifier la mascarade qui se déroule sous nos yeux, on rend tous ces questionnements (souvent partiaux) en public. Bien en vue. Pour que le Canadien moyen voit bien qu’on s’occupe de lui, que la justice triomphe, que les méchants payent le bill après nous avoir crossés. Évidemment, dans la très vaste majorité des cas qui nous ont été présentés, les gens impliqués se devaient de répondre de leurs actes. Le problème, c’est qu’on en fait un show de téléréalité. Qui paie pour tout ça ? La même gang que lors du commencement de l’histoire : les payeurs de taxes.

 

Herr Schreiber est un manipulateur. Un industriel, un lobbyiste, un criminel, mais surtout, un manipulateur. Et ce mec, plus intelligent que la moyenne de nos députés des Communes, sur la colline parlementaire, a très bien compris qu’en y allant de déclarations fracassantes sur des gens bien en vue dans la vie politique canadienne, il retarderait indéfiniment les procédures d’extradition qui pèsent sur son avenir. Il savait probablement qu’il gagnerait considérablement de temps en agissant ainsi. Mais, même dans ses délires les plus fous, Herr Schreiber ne pouvait espérer avoir comme alliés dans sa tentative de freinage des opérations contre sa personne, les gens mêmes qui tentent de lui tirer les vers du nez. Chaque député, chaque interrogateur y va de sa diatribe personnelle lors des périodes de questions. Chacun y va de ses intérêts, de ceux de son parti. Parce qu’après tout, souriez, on passe à la télé. On doit être le plus rapace, le plus affamé. Le Bloc écorche au passage le PLQ, le NPD attaque les Conservateurs par le biais des questions de monsieur Mulcair, les Conservateurs minimisent les propos acides de Schreiber, le PLC demeure aussi flou que possible. Et, chaque mardis et chaque jeudis, en sortant de la salle, en s’éloignant du regard oppressant des caméras, Herr Schreiber doit bien rire. Parce que tout le monde sauf lui s’emmêle en direct. Tout le monde sauf lui a perdu le contrôle. Lui seul atteint à chaque fois son but.

 

On n’aurait jamais dû faire un spectacle de cette affaire. Chaque fois qu’on a fait un gros show avec des situations d’abus de pouvoir et de dilapidation de fonds, les coupables s’en sont tirés haut la main. Qui a remboursé pour les commandites, qui a fait de la prison ? Qui a été déclaré responsable de la tragédie de la Concorde ? Très peu le savent, personne ne s’en souvient. On se souvient des balles de golf de Chrétien, des blancs de mémoire des accusés de Gomery, des sautes d’humeur de Pierre-Marc Johnson. Et on peut observer les péripéties de Vincent Lacroix, qui n’a jamais eu l’occasion de se servir des médias : le crosseur en chef de Norbourg est coupable et va recevoir une sentence en conséquence. Que se passera-t-il dans le cas Schreiber ? Le vieil Allemand va finir par être extradé, après avoir gagné beaucoup de temps, et on n’aura pas assez de matériel pour demander des justifications à  Mulroney ou à Charest (à supposer que des preuves pour le faire existent vraiment). Schreiber a raconté sa petite histoire, et tout le monde a embarqué, c’est nous qui payons la ride. Encore.

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4 Réponses »

  1. T’as tellement raison!! Et dans le scandale des commandites comme dans plusieurs autres commissions d’enquêtes, même si on finit par condamner qqn (ce qui est rare), au bout du compte, les procédures auront coûté plus cher que ce que l’accusé sera en mesure de rembourser!! Chuck Guité fait de la prison à NOS FRAIS et ne paye rien de ce qu’il a volé… Même chose pour Lacroix! Il va purger p-e 2 ans de prison si on est optimiste mais on sait fort bien qu’il n’a PLUS les moyens de rembourser des millions de dollars volés… Au fond, on paye pour se faire dire que les coupables ne pourront pas payer en retour… Belle justice!!

  2. Dom, t’as résumé en quelques mots l’essence de mon texte. Belle synthèse ! On paie de l’argent pour apprendre qu’on récupérera pas notre argent, et on paie encore de l’argent pour emprisonner ceux qui ont pris notre argent.

    En passant mon cher, je voulais aussi te remercier pour ton remplacement. Je reprend le collier de Jour de Paye, avec un peu plus de pression, celle de faire aussi bien que toi !

  3. Ce fut un honneur de te remplacer cher collègue. Je ne m’en fais pas pour toi, côté chiâlage, t’as jamais eu la langue dans ta poche 😉

  4. Ça fait un peu mal de lire un texte comme celui là. C’est tellement vrai, et très bien dit. Welcome to Canadian « crosseur » Idol, for 1$ you can call to save your favorite son of a bitch, but perhaps we’re going to charge you 10$ for no reason… J’ai pas suivi le cas Schreiber, mais je sais exactement de quoi il en retourne : De l’argent perdu, des menteurs à la barre, une conclusion en queue de poisson. À chaque fois que je regarde mon « slip » de paye sur lequel est amputé plusieurs dizaines de dollars par semaine, je me demande si je ne suis pas en train de payer le chalet d’un pourri plutôt que de collaborer au système d’éductation, aux développement routiers ou à la santé. Mais j’avale la pillule, je plie mon « slip » and I’m going to sleep!

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