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Mea culpa enrubanné – Critique des Contes urbains

Par • 1 décembre 2009 à 1:51

julie_carrier_prevost_contes_urbainsMea culpa, mea culpa, mea culpa. Je vivais la semaine dernière mon baptême des Contes urbains, tradition ancrée depuis maintenant quinze ans dans le paysage culturel de la métropole. Je suis un peu gêné de l’avouer publiquement. Mais j’ai une bonne excuse : j’en suis à ma première année de Montréalité. Bref, outre pour l’anecdote, j’utilise aussi la première personne du singulier pour signaler que je n’avais aucune marque de comparaison, aucun jalon pour mesurer si les Contes urbains 2009 était un grand cru, une cuvée à marquer d’une pierre blanche dans les annales de la tradition orale. Mais toujours est-il que je puis tout de même l’affirmer : on y passe une soirée qui déride, au sens propre comme au figuré. Un vent de fraîcheur, quoi. Pour un 15e anniversaire, pas de crise d’adolescence en vue.

Sur scène, qu’une chaise pour accueillir et appuyer les conteurs. Et deux musiciens dans leur coin, Éric Assouad et Charles Imbeau du groupe Ekotones, qui créent les ambiances ou supportent les atmosphères déjà suggérées par les histoires échevelées. Ils n’en font pas des tonnes, mais leur apport planant se jumelle parfaitement aux éclairages pour fermer un récit et ouvrir le suivant, atténuant du coup les différences de tons proposés par les auteurs. Soulignons aussi que, signe d’une écoute sensible, les deux instrumentistes sont les premiers spectateurs des conteurs, puisqu’ils se retiennent souvent pour ne pas pouffer de rire, même au milieu du délire ambiant.

Le créateur des Contes urbains, l’auteur Yvan Bienvenue, inaugure et clôt la parade avec deux contes diamétralement opposés. Raconté par un Dave Jenniss hésitant en soir de première, Body Bag souligne l’absurdité de l’envoi de sacs mortuaires à une communauté autochtone durement touchée, mais la révolte du personnage nous est mal communiquée, car les enjeux ne sont que vaguement exposés. Tandis que Madame Butterfly use de sous-entendus grivois, sans réel fil conducteur, pour laisser le public sur une note purement légère : l’irrésistible Guy Vaillancourt, après avoir évoqué le bonheur que lui procure son « instrument », malgré sa petite taille, en rajoute en dévoilant les péripéties de sa vieille mère avec un jouet sexuel. Désopilant. À la mise en conte de la soirée, le vétéran place en toute logique les acteurs et leur histoire avant tout.

Entre les deux Bienvenue, plusieurs nouveaux talents sont à l’œuvre, autant sur papier que sur la scène de La Licorne. Il y a Fabien Cloutier, qui avait fait fureur avec son spectacle de contes Scotstown sur cette même scène, qui prête ses mots à Caroline Tanguay dans La Chienne. La comédienne comme le texte sont nuancés, voire même prudents avec le sujet qu’ils abordent (les enfants trisomiques), mais ils le font avec intelligence et délicatesse. Avec un regain de Willie Lamothe pour alléger le propos. Le Noël Bio signé par André Marois s’avère décapant et irrévérencieux; Francesca Bárcenas y plonge d’ailleurs avec un plaisir évident pour la démesure et le dérapage de ses personnages. Sans contredit la plus folle aventure de la soirée, Gloria de Simon Boulerice galvanise tout simplement la salle par sa prémisse farfelue (Une patineuse autodidacte québéco-italienne prénommée Gloria – comme la chanson de Laura Branigan – annonce d’entrée de jeu qu’il n’y aura pas de Noël cette année) et son interprète délurée, Julie Carrier-Prévost, qui se couvre savamment de ridicule tout en étant « chicks et gracieuse » en même temps! Au retour de l’entracte, le comédien Jean-Philippe Baril-Guérard reprend un de ses propres Quatre contes crades, qu’il avait présentés cet été avec succès, fraîchement diplômé qu’il était, au Fringe et au Zoo Fest. C’est son conte Coleman qui a été retenu, dans lequel son personnage de coursier doit livrer une glacière au contenu aussi musclé que magique… Baril-Guérard a gagné en aisance, et son charisme opère toujours autant que sa verve. Le dernier cité mais non le moindre, Bébé Love de Justin Laramée n’a pas une idée de départ si originale (un homosexuel qui déteste les poupons se voit contraint à garder celui d’une amie), mais l’aplomb naturel et le mordant de Paul-Patrick Charbonneau dans ce rôle qui n’aurait pu n’être qu’une caricature déclenchent des rires complices de la foule qui se reconnaît aisément dans la maladresse du gardien (non) averti.

Les Contes urbains, c’est comme une fête sans lendemain de veille. Ça a tous les bienfaits des réjouissances sans les dommages collatéraux. Autrement dit, une rareté en ces temps qui s’annoncent. 

*** ½

CONTES URBAINS. Une production du Théâtre Urbi et Orbi, contes urbains de Yvan Bienvenue, Fabien Cloutier, André Marois, Simon Boulerice, Jean-Philippe Baril-Guérard et Justin Laramée, au Théâtre La Licorne, du 24 novembre au 19 décembre 2009. Mise en conte : Yvan Bienvenue. Régie : Sonia Montagne. Musique : EKOTONES. Éclairages : Annie Bélanger. Direction technique : Béatrice Lord. Avec : Dave Jenniss, Caroline Tanguay, Francesca Bárcenas, Julie Carrier-Prévost, Jean-Philippe Baril-Guérard, Paul-Patrick Charbonneau et Guy Vaillancourt. Billetterie: 514-523-2246.

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