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ÉditorialPuisqu'il y a des choses qui doivent être dites, aussi bien les dire avec une verve franche et directe. Des sujets chauds, traités vivement sans trop de fioritures.

Ces phrases qui irritent

Par • 18 octobre 2009 à 0:01

Il y a des choses dans la vie qui nous irritent, qui nous contrarient, qui nous enragent.  Que ce soit le manque de politesse de quelqu’un qui prend deux sièges dans l’autobus ou les mensonges de nos politiciens ou encore le prix élevé de l’essence, à chaque jour, nous vivons des irritants.  Par contre, ce qui me fait fulminer encore plus, ce sont les petites phrases clichées qui accompagnent ces irritants.

« On va se pencher sur la question »: Quelle phrase vide!  Quelle échappatoire facile!  Combien de fois avons-nous entendu nos politiciens nous balancer cette réplique?  Que ce soit au sujet des accommodements raisonnables, des problèmes dans le système de la santé ou du décrochage scolaire, on nous livre cette belle phrase toute faite qui ne veut absolument rien dire.  On va se pencher sur la question, nous allons étudier la problématique, nous allons consulter les gens, on va tenter de cerner les enjeux… Tant de belles phrases qui n’aboutissent à rien.  Les rapports commandés par nos gouvernements finissent presque toujours sur les tablettes à amasser la poussière.  Dans le fond ce qu’on vous dit c’est: « On va dépenser des petites fortunes pour faire semblant de vouloir avoir l’avis des autres mais au bout du compte, on va faire à notre tête. »

« Il faut sensibiliser les gens »: Sensibiliser les gens aux dangers de l’alcool au volant, aux dangers de ne pas se protéger lors de relations sexuelles, sensibiliser les gens au phénomène de la pauvreté.  Je ne comprends pas pourquoi nos dirigeants dépensent autant de nos impôts pour nous « sensibiliser ».  Tout le monde le sait que l’alcool au volant, c’est dangereux.  Ceux qui le font malgré tout sont des incorrigibles ou des inconscients qui n’en ont rien à foutre des campagnes de sensibilisation.  N’importe qui de sain d’esprit avec une bonne tête sur les épaules va d’emblée être prudent sur la route.  Alors qui vise-t-on avec ces publicités?  Pas ceux qui sont déjà conscientisés ni ceux qui s’en foutent éperdument.  Même chose pour les relations sexuelles sans protection.  Ceux qui décident de commettre l’acte sans caoutchouc savent très bien qu’ils courent des risques.  S’ils le font quand même, c’est par choix, en toute connaissance de cause.  Les autres?  Ils se protègent déjà.  Alors, encore une fois, qui vise-t-on avec ces campagnes de sensibilisation?  Si on sévissait plus durement envers les délinquants et qu’on « sensibilisait » le peuple par l’exemple à la place?

« Ce sont les procédures »: Il s’agit ici d’une des phrases qui me fait le plus rager.  Je perds mon sang-froid lorsque j’entends cette réplique de la bouche quiconque.  Des exemples, je peux vous en donner à la tonne.  On appelle chez Bell Canada.  La charmante Émilie nous demande d’entrer notre numéro de téléphone pour accélérer le service.  Après plusieurs minutes d’attentes, on obtient enfin un véritable être humain au bout du fil.  Quelle est alors la première chose qu’on nous demande?  « Votre numéro de téléphone s’il vous plaît »… « Mais je viens de le donner à la machine!  Pourquoi me le redemandez-vous? »; « Parce que c’est la procédure »… Au CÉGEP, alors que j’étudiais en journalisme, je contacte la standardiste de l’établissement pour effectuer un appel longue distance afin d’obtenir une entrevue avec quelqu’un de l’extérieur.  On me répond que les appels longue distance sont interdits entre midi et une heure.  Je m’informe de la raison et évidemment, vous aurez deviné, on me répond: « Parce que c’est la procédure.  Je ne suis pas au courant de la raison, tout ce que je sais c’est que je dois appliquer la procédure. »  Ou pire encore, alors que je travaillais chez Burger King, je m’affairais à préparer un Whopper.  Je mets le ketchup sur la galette de viande puis j’y ajoute ensuite la moutarde puis je referme le burger.  La gérante, affolée, m’accoste en me spécifiant très autoritairement qu’on doit mettre la moutarde AVANT le ketchup et non le contraire.  Je crois d’abord qu’elle me taquine.  Mais non, c’est sérieux.  Très sérieux.  Et la raison pour préparer le Whopper ainsi? « Parce que ce sont les procédures Burger King » « Oui d’accord, je veux bien, mais on s’entend qu’il n’y a AUCUNE différence à la fin que le ketchup ait été inséré avant ou après la moutarde.  Alors quelle est la raison de cette procédure? »  Et on me répond: « Y’a pas de questions à se poser, c’est la procédure et on doit s’y plier, c’est tout. »  Quelques jours plus tard, je quittais cet emploi sans aucun regret.

« C’est Dieu! »: Pourquoi y’a-t-il tant de souffrances dans le monde si Dieu est amour?  « On ne questionne pas Dieu, il a ses raisons. »  Comment expliquez-vous qu’il existe des centaines voire des milliers de religions dans le monde qui prétendent toutes détenir la « vraie vérité »?  « C’est Dieu, il agit ainsi pour des raisons que nous allons savoir un jour. »  Comment expliquez-vous la mort d’un enfant aux mains d’un fou furieux?  « C’est Dieu!  Dieu l’a voulu ainsi pour une raison! »  Oui d’accord, pour quelles raisons?  « C’est Dieu!  Lui seul sait pourquoi il a laissé une telle chose se produire. »  Et vous n’êtes pas curieux d’avoir réponse à ces questions?  « C’est Dieu!  Dieu a les réponses et nous les connaîtrons lorsqu’il reviendra nous sauver ou lorsque nous serons aux cieux à ses côtés. »  Vive la confiance aveugle!

« Les journalistes cherchent juste les scandales »: Oui, tout à fait!  Exactement!  Les journalistes et les chroniqueurs soulèvent des questions épineuses, des scandales, des malversations.  Ils dénoncent des abus, révèlent des injustices, soulignent des « crocheries ».  Oui, les journalistes cherchent les événements qui « punchent », qui soulèvent les passions, qui amènent les gens à réfléchir.  Est-ce que les journalistes et les chroniqueurs en mettent trop parfois?  Oui, sans doute.  Mais ils n’inventent rien.  Ils puisent leurs sujets et leurs nouvelles dans la société, dans le monde qui les entoure.  Parfois objectif, parfois subjectif mais rarement mal intentionnés.  Le débat sur les accommodements religieux est peut être né de la plume d’un scribe de la presse mais s’il est toujours d’actualité aujourd’hui, c’est peut être parce que la société avait envie d’avoir ce débat, non?  Et après tout, n’en revient-il pas au public de décider ce qu’ils prennent et ce qu’ils rejettent?

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2 Réponses »

  1. Bonjour Dominique!
    Je lisais ton texte ce matin et ça bouillait un peu en dedans de moi alors je voulais prendre le temps de partager ce que j’en pense. J’ai déjà été superviseure dans mon entreprise et il y a plusieurs de ces phrases que je me devais moi-même d’utiliser et je comprends enfin, en te lisant, la frustration que mes employés pouvaient ressentir. Quand je pense à ta première phrase, « on va se pencher sur la question », c’est des mots que j’ai régulièrement dit à mes employés. Je dirais que la différence entre moi et le gouvernement, c’est que je le pensais vraiment et que j’avais la chance d’avoir un peu de pouvoir sur les décisions qui se prenaient. Dans ces cas où je me penchais sur la question, c’est sûr que je ne pouvais pas toujours aboutir à quelque chose de concret et il pouvait m’arriver d’oublier de revenir à la personne qui m’avait posé la question, mais ça ne voulait pas pour autant dire que je n’avais pas pris le temps d’y penser. Au niveau gouvernemental, on sait tous très bien que la personne en poste est tout sauf celle qui décide, alors sans vouloir jouer la fataliste, c’est à peu près la seule phrase utilisable par ces têtes d’affiche du parti! Pour ce qui est de sensibiliser les gens, il y a beaucoup à faire dans l’éducation je pense. Combien de parents savent même pas donner l’exemple à leurs ados? C’est eux que ces annonces visent. Mais elles sont créées par qui ses annonces? Par les parents qui ne savent pas donner l’exemple à leurs enfants. Tu vois pas un peu le cercle vicieux ici? Ce cercle qui me laisse le même arrière-goût que toi quant-à la validité de tout ça? Je pense pas que c’est seulement d’avoir une bonne tête sur les épaules, pour l’avoir, ça prend quelqu’un qui t’a montré comment la garder droite. « Ce sont les procédures » est probablement la phrase que j’ai répété le plus souvent à mes employés avec un sourire en coin en me demandant comment on peut ensuite leur demander d’avoir des initiatives! Plus une compagnie grossit, surtout une de service, plus on doit mettre des procédures en place pour emêcher qu’il y ait place à l’interprétation afin que tout se fasse dans les règles de l’art. Est-ce que vous trouvez que le gouvernement est une grande entreprise? Je vous laisse faire le lien vous même maintenant. Alors je vais vous dire ce que je disais à mes chers collègues, suivez les procédures jusqu’à ce que vous soyiez cadres et ensuite, tenter de changer ce qui vous faisait suer et vous vous rendrez compte qu’il y a tellement de petits nouveaux, que vous aurez pas le choix de laisser en place ces règles parce que y’en aura toujours pour pas comprendre ce qu’on doit faire. Wow, je me sens encore fataliste! Pour ce qui est de Dieu, j’utilise souvent cette phrase à la blague pour me moquer de ceux qui l’utilisent alors je compatis avec toi. Et pour le scandale des journalistes, c’est un sujet plutôt délicat. Je trouve qu’il est facile de faire un plat avec pas grand chose quand on a le média pour l’exposer. Par contre, il y a de la demande pour ça dans le public, alors ça prend quelqu’un pour faire le métier. Quant-à dire que les journalistes arrivent à souligner les crocheries, je ne suis pas prête à dire que ce sont toujours les bonnes qui sont médiatisées et que malheureusement trop souvent, cette sur-médiatisation fait que le public ne pardonne pas à des gens qu’ils ne connaissent pas des choses qu’ils ne souligneraient même pas si un de leur proche les faisaient. La ligne est facile à franchir, et ça donne les bulletins de nouvelles qu’on a, remplis d’histoire cherchées dans les racoins pour avoir quelque chose à dire de choquant. C’est pas toujours vrai, mais ça l’est pas mal plus qu’on pense! Merci Dominique pour ton texte. Bon Dimanche !

  2. Dominique,

    Je me penchais sur la question à savoir comment on pourrait sensibiliser les gens aux procédures que c’est Dieu qui veux que les journalistes cherchent les scandales.

    Bon travail,
    Grégoire Savoie (Vancouver, BC)

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