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Blasté : de la violence à l’état pur (2008)

Par • 29 mars 2008 à 23:53

Ian (Roy Dupuis) est un journaliste affecté aux nouvelles locales. Il est un être violent, raciste, homophobe, alcoolique, sans aucun respect pour l’humanité. Il se réfugie dans une chambre d’hôtel dans laquelle il tente de séduire Cate (Céline Bonnier), une jeune fille avec qui Ian a déjà eu une relation. Devant les refus de Cate et après les multiples verres d’alcool, Ian devient de plus en plus violent avec elle. Le lendemain, après une nuit houleuse, l’arrivée d’un soldat (Paul Ahmarani) dans la pièce vient chambouler le destin des protagonistes. Cette visite inopinée mènera Ian vers la décadence.

 

Blasté est une pièce écrite par Sarah Kane, une dramaturge à qui l’on a accolé, avec raison, une étiquette de « théâtre extrême ». Oui, la pièce a pour objectif (avoué) de choquer son public. Oui, on y voit des actes d’une barbarie que je ne vais pas décrire ici — je ne voudrais pas troubler votre prochain repas, tout de même… —, des gestes rendus très envoûtants par la mise en scène. Mais il serait faux de décrire ce théâtre comme une simple tentative de provocation, qu’elle soit réussie ou non.

 

Les pièces de Kane, particulièrement Blasted, cachent un fin travail poétique et théâtral derrière une fumée noire de cruauté. L’adaptation de Brigitte Haentjens, présentée à l’Usine C jusqu’au 5 avril 2008, colle bien au propos de la pièce. La mise en scène est très impressionnante et audacieuse. Les acteurs utilisent l’ensemble de la scène mise à leur disposition — et même davantage… —, l’éclairage et la musique sont d’une puissance en accord avec les thèmes et les décors ont la vie plutôt dure pour une pièce de théâtre.

 

Par contre, une remarque à propos du texte et de la traduction : le texte original déploie un style lent, avec beaucoup de silences et des répliques courtes, crachées les unes après les autres. La phonétique de la version traduite (en français vulgaire québécois) n’arrive pas à créer le même effet que la version originale anglaise. Évidemment, peu importe la qualité de la traduction, le texte original perd une partie de sa beauté et de son style. Dans Blasté, l’ambiance générale est conservée, mais certaines répliques ici et là sonnent un peu faux.

 

En revanche, le jeu des acteurs — extrêmement physique, il faut le préciser — est quasi impeccable. On discerne clairement le personnage de Roy Dupuis dès la première réplique, scandée en défiant soit le quatrième mur, soit le public. Céline Bonnier est prenante tandis que Paul Ahmarani amène une touche d’humour auquel on ne s’attend pas. En fait, on ne sait pas si on a le droit de rire avec une telle lourdeur du propos, mais on le fait quand même.

 

Bref, il faut être préparé pour aller voir Blasté. Si l’on se présente au théâtre avec la simple idée que l’on va voir le popotin de Roy Dupuis et des viols, on manque une partie du spectacle. Si l’on essaie de voir le message au-delà de la violence qui nous saute littéralement aux yeux, on risque d’apprécier. Et si vous avez l’estomac fragile, de grâce, conservez votre argent.

 

Blasté

À l’Usine C

Du 18 mars au 5 avril 2008, 20h

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