Un crime, deux victimes
Article publié le 4 septembre 2008 à
13:10 par
Jonathan Habel
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Le 30 août dernier à Terrebonne, une jeune fille qui était à une semaine de célébrer ses 15 ans a été fauchée mortellement par une récidiviste de l’alcool au volant ; à moins de vivre dans une caverne sans le câble ces derniers temps, vous avez sûrement entendu parler de cet événement comme on en compte beaucoup trop à chaque année. Surtout qu’en cette période pré-électorale, LCN et ses acolytes en manque de contenu en ont profité pour interviewer non seulement les proches de la victime, mais aussi ceux de la criminelle Émilie Lejour, ses amis, ses voisins, le gars qui a dansé un slow avec au secondaire, sa prof de maternelle pis la fille qui lui a servi son cheese sans oignons au McDo la semaine précédent la tragédie. Tout ça pour dire qu’on a tellement interviewé de gens, qu’on a même réussi à trouver des imbéciles qui avaient de la sympathie pour cette raclure de la société.
Dans le Journal de Québec, tout comme au très émotionnel Canal Nouvelles, on a présenté ses amies, qui pressaient le public québécois de ne pas juger trop vite la conductrice ; qu’elle était une bonne personne, qu’elle dépassait à peine la limite permise d’alcool dans le sang, et que c’est sur le conseil d’une des personnes à bord, et non de son propre chef, qu’elle avait décidé de commettre un délit de fuite en continuant sa route sur plus d’un kilomètre avant de revenir sur les lieux de l’incident. Sa famille, quant à elle, a souligné à quel point elle vivait des moments difficiles actuellement (ça, on peut le comprendre), et aussi que la pauvre Émilie vivait des heures extrêmement pénibles, rongée par les remords et la culpabilité.
Oui d’accord, on a aussi passé le micro du côté des proches de la victime, la jeune Karine Chatel ; ceux-ci ont, et c’est tout à fait normal, exprimé leur colère et leur douleur haut et fort. Mais le fait que l’on fasse d’Émilie Lejour, cette traînée de bar, une victime également, c’est là que ça va trop loin.
Cette fille, d’à peine 24 ans, a déjà été prise (au minimum) deux fois en état d’ébriété ; c’est un nombre à rajouter à toutes les fois où elle revenait du bar ben paquetée avec ses chums de filles qui finalement ont l’air elles aussi de manquer sérieusement de cervelle. Elle n’était pas non plus « à peine au-dessus de la limite permise d’alcool dans le sang » (autre erreur de jugement de ses brillantes comparses) ; les autorités ont bien dit que Lejour avait « lamentablement échoué l’alcootest », ça en dit assez long. Quant à son difficile séjour en prison pendant qu’elle attendra son procès, elle peut peut-être s’estimer chanceuse d’être toujours en vie, elle, pour vivre cette situation. On a fait une victime de cette criminelle, alors que le simple fait qu’elle respire encore après ses actes d’une irresponsabilité stupéfiante est en soi une récompense qu’on lui accorde.
Il est temps que les « exemples » que certains jugent se décident à faire avec certains récidivistes de l’alcool au volant ne passe comme étant la norme, l’inévitable. Il faut frapper fort à tous les coups, faire exploser les limites de la loi qui prétendent punir ces membres de notre société qui, un crime à la fois, une mort à la fois, continuent à miner le progrès de l’Humanité. On s’en fout qu’Émilie Lejour soit dévorée par le remord, c’est une situation tout à fait normale, et pleinement méritée. On s’en fout de ses connasses d’amies qui l’ont accompagné, que dis-je, qui l’ont tacitement encouragée à prendre le volant ce soir-là, qui lui ont dit de quitter les lieux du crime parce que ça valait mieux pour elle, que c’est peut-être sa moindre petite chance de se soustraire à la justice, de s’en tirer sans aucune conséquence et en laissant les proches de Karine dans la peine et la colère. Cessons de faire de cette salope une victime. Les vraies victimes, c’est la jeune Chatel, maintenant six pieds sous terre, éternellement à une semaine de ses 15 ans; ce sont ses parents éplorés, ses amis plongés dans l’incompréhension et la tristesse. Ce sont ceux qui ont réellement subi son absence de jugement.

