Affaire Schplink contre Fullblast (suite)
Article publié le 15 août 2008 à
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Collaboration spéciale
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Voici la suite du procès de la semaine passée, où le demandeur ( Jack Schplink) réclame au défendeur ( Joe Fullblast) des excuses publiques et un dédommagement de 100 000$ pour des propos diffamatoires tenus à son endroit lors d’un spectacle d’humour.
Jack Schplink est représenté par Maître Frufru
Joe Fullblast est représenté par Maître AnythingGoes
L’affaire sera entendue par sa majesté le redoutable Juge PoissonRouge
Ouverture du procès
Juge PoissonRouge: La séance est ouverte. Je donne la parole à Maître frufu.
Maître Frufru: Votre Hauteur, permettez-moi avant tout d’étaler avec une fougue peu commune l’immensité du respect que je vous porte. A votre vue, le sang semble vouloir me gicler des narines, tellement je suis transporté d’une intense admiration envers votre faramineuse sagesse…
Juge PoissonRouge: Maître Frufu… qu’ai-je dit la semaine passée à propos de ces excès de flatteries? Chercheriez-vous à obtenir ainsi mes bonnes grâces? Vous frôlez l’outrage au Grand Chacal.
Maître Frufru: Oh. Acceptez mes complaisantes excuses. J’appellerai donc l’accusé à la barre.
Juge PoissonRouge: Monsieur Fullblast, vous pouvez venir à l’avant.
Fullblast prends place et se positionne de façon à imiter la posture d’un hareng qui mange des marguerites.
Maître Frufru: Monsieur Fullblast… l’humour devrait-il selon vous subir une certaine censure?
Fullblast: Jamais. A moins de désirer l’instauration d’un régime extrémiste. Quoique Hitler avait une moustache semblable à celle de Charlie Chaplin… il serait bon d’appronfondir ce mystère…
Maître Frufru: La censure signifie donc pour vous l’extrémisme?
Fullblast: Cela va de soi. Comment appelez-vous une société qui baillonne ses membres?
Maître Frufru: Hummm, d’accord. Vous avez deux enfants, est-ce exact?
Fullblast: Oui.
Maître Frufru: Acceptez-vous qu’ils vous insultent?
Fullblast: Oh mais c’est différent… vous tentez de mêler les cartes.
Maître Frufru: Au contraire. J’essaie d’y mettre de l’ordre mais vous, par contre, vous semblez vouloir glisser quelques cartes sous la table et éviter ainsi de confronter votre morale d’invertébré.
Maître AnythingGoes: OBJECTION! Maître Frufru avance des suppositions qui mettent en doute les bonnes intentions de mon client et il couronne le tout d’une insulte qui porte atteinte au droit des lombrics.
Juge PoissonRouge: Objection retenue. Maître Frufru, tenez-vous en aux observations vérifiables et laissez en paix ces pauvres vers de terre.
Maître Frufru: Très bien. Alors Monsieur Fullblast… si vous refusez que vos enfants vous insultent, ne peut-on pas dire que vous vous adonnez à une forme d’extrémisme que vous condamnez justement?
Fullblast: Non. Mon refus d’être insulté relève de l’éducation et du devoir moral de respecter les parents.
Maître Frufru: Et pourquoi l’enfant devrait-il respecter celui qui ne respecte pas les autres?
Fullblast lève son pied gauche et se met à ronger nerveusement ses ongles d’orteil.
Fullblast: Parce que c’est parfait ainsi. De toute façon, vous ne pouvez comprendre la subtilité de tout ceci. Vous êtes d’une bornitude à couper le souffle et tout ce procès n’est qu’une tentative honteuse de priver d’honnêtes citoyens de leur gagne-pain. Je réclame un avocat!
Maître Frufru: Vous en avez déjà un.
Fullblast: Euh… c’est vrai…
Maître Frufru: Je n’ai plus d’autres question.
Maître AnythingGoes prends la relève et appelle à la barre Monsieur Schplink.
Maître AnythingGoes: Monsieur Schplink, je vois que vous et votre avocat clownesque semblez fortement attaché à la morale et au respect.
A ces mots, l’assemblée semble prise de nausée.
Maître AnythingGoes: Dans cette optique, vous proposez d’imposer des limites à ce que l’on dit. Qui donc devrait déterminer l’emplacement de ces limites?
Schplink: C’est une question complexe.
Maître AnythingGoes: Je ne vous le fait pas dire. Mais puisque vous vous permettez de bouleverser la vie de mon client par votre sauvage attaque judiciaire, je suppose que vous avez au minimum l’esquisse d’une opinion à ce sujet.
Monsieur schplink empoigne une feuille et dessine une chèvre et un chevreuil dans un lit de chèvrefeuille. Puis il la tend à son détracteur.
Maître AnythingGoes: S’agit-il de votre esquisse?
Schplink: Affirmatif.
Maître AnythingGoes amène le dessin au juge PoissonRouge comme élément de preuve. Le juge le considère d’un oeil réflectif puis y ajoute un soleil en forme de pain de viande et des étoiles.
Maître AnythingGoes: Monsieur Schplink, l’esquisse étant complétée, quelle est votre opinion sur le sujet?
Schplink: Dans un monde idéal, tous devraient souscrire à un contrat social où l’on juge la valeur d’une action dans le contexte de l’amour et du respect.
A ce moment, une nuée apparaît au plafond et neuf calinours en maillot de bain jouent de la harpe.
Maître AnythingGoes: Très joli. Mais aussi très Naïf. Et puisque nous n’habitons pas ce monde idéal dont vous parlez, dites-nous qui devrait censurer les humoristes? Et que faites-vous de leur liberté d’expression? Vous la jugez accessoire?
Schplink: Je crois que si la liberté d’expression surpasse en autorité morale le droit au respect, nous avons de perdu de vue la véritable justice et de ce fait nous nous condamnons à vivre dans une société où la dignité humaine est reléguée en arrière-plan. Le droit au respect est issu du sentiment le plus noble du coeur humain, à savoir l’amour. La liberté d’expression, quoiqu’issue du même sentiment, est devenu la justification légale par excellence pour protéger le vice humain.
Maître AnythingGoes: Que préconisez-vous donc? Le retour d’un état dirigé par l’Église? Le brimage mur à mur de toutes nos libertés? Rêvez-vous donc du jour où la littérature sera de nouveau filtrée par le clergé, où l’on brûlera au bûcher celui qui aura eu l’audace d’exprimer le fond de sa pensée? Faudra-t-il implorer la miséricorde du pape ou de je ne sais trop quelle figure religieuse pour avoir flatulé un décibel trop fort?
Schplink: Je n’ai jamais dit ni même pensé une telle chose. Je dis simplement que l’amour devrait guider nos décision.
Maître AnythingGoes, pris d’un violent haut le coeur, retourne péniblement à sa place, fredonnant un hymne emprunté à Marilyn Manson: « I love hate, I hate love… »
Jugement
Après avoir pris connaissances des témoignages et des éléments de preuve, le juge rend son verdict:
Juge PoissonRouge: Le parti de l’accusé a soulevé tout au long de ce procès l’idée de la liberté d’expression. La liberté est effectivement quelque chose de beau et de grand que l’homme commence à découvrir et à apprécier pleinement dès l’adolescence. Puis, à l’âge adulte, l’homme intègre à la notion de liberté celle de la responsabilité, ce qui équlibre son jugement et lui permet de régler sa conduite. Visiblement, monsieur Fullblast n’a pas encore franchi cette étape et est tragiquement enlisé dans une phase immature de sa vie où il se plaît à réclammer sa liberté sans toutefois assumer la responsabilité de ses actes et leur portée sociale. Je ne peux que condamner une telle attitude et donner ainsi raison aux soubresauts émotionnels de la victime.
Cela étant dit, je doute que le montant d’argent réclamé puisse faire honneur à la justice. Si monsieur Schplink réclamme une si grande somme d’argent à monsieur Fullblast, comment peut-il du même élan soutenir que l’amour doit régler la conduite de l’homme? Sa poursuite n’est-elle pas la démonstration de son incapacité à faire fi des insultes et à pardonner? Doit-on réclamer vengeance pour chaque faille de la nature humaine?
De ce fait, je me vois obligé à condamner à la fois Monsieur Schplink et Monsieur Fullblast. Du fait de leurs penchants antisociaux et de leur incapacité à étendre leur conscience au delà de leur nombril encore bien humide, je les condamne tous les deux à se chatouiller mutuellement jusqu’à ce que l’un d’eux dise « pardon mononcle ». Une fois cette sentence exécutée, les deux devront faire une copie de vingt pages où ils écriront la phrase: « Je traiterai mon prochain comme j’aimerais qu’on me traîte moi-même. » Cela ne sera pas seulement une phrase à écrire mais aussi à méditer et à mettre en application, afin que je n’aie plus jamais de ma vie à voir vos deux tronches de morues et à vous entendre vous disputer pour de telles balivernes. Si cela venait à se reproduire, je me verrais dans l’obligation de vous condamner à un emprisonnement de trois ans dans un centre de transformation des mollusques.
Le jugement est rendu. La justice est faite. Dégagez.

