DimancheMatin - Arts et culture

L’ART de bien commencer la semaine…

Une saison froide…

Par Ayavi Lake • 21 avr, 2008 • Catégorie: Chronique sur d'autres rives

Voici le printemps qui pointe le bout de son nez. Et alors que je me promenais presque pieds nus à Montréal cette semaine, force est de constater que Jonquière n’a pas encore totalement  perdu sa belle robe d’hiver…

 

Un peu comme mon humeur cette semaine, qui n’arrive pas à retrouver son entrain… Et qui batifole.

 

D’abord je pense à Aimé Césaire, le nègre fondamental qui est mort cette semaine, qui a rejoint Léopold Sédar Senghor, Ousmane Sembène et toutes ces personnes dont les noms évoquent tant de choses pour nombre d’Africains, pour les non-Africains, pour tous ceux qui s’intéressent à l’Humanité. C’est en apprenant qu’Aimé Césaire venait de mourir que j’ai définitivement compris (Hé oui, il m’en faut du temps) que les années passaient, sans répit. Car ce sont pour moi des noms chers, dont les oeuvres bibliographiques ont hanté mes dissertations, mes citations, mes poèmes et ma compréhension du monde. Je me rappelle de Toussaint Louverture, Du Cahier d’un retour au pays natal, que je lisais avec dévotion, consciente de tenir entre mes mains des trésors.

 

Voilà ce que me dit mon ami, R.L,  professeur à l’université de Ziguinchor au sujet du poète : « Il est évident que la mort du monumental Aimé Césaire n’est pas seulement une perte pour la Martinique, mais pour le monde de la culture universelle vu la stature de l’auteur du Cahier d’un retour au pays natal. L’homme est parti, reste son oeuvre qu’il nous faudra continuer à méditer. J’aime Césaire, certes pour son souffle poétique puissant, mais surtout pour sa lucidité incandescente ».

 

Et c’est cette tirade de Christophe, personnage principal de la Tragédie du roi Christophe, que mon ami m’invite à revisiter : ‘ Qu’est-ce que ce peuple qui, pour conscience nationale, n’a qu’un conglomérat de ragots ! Peuple haïtien, Haïti a moins à craindre des Français que d’elle-même ! L’ennemi de ce peuple, c’est son indolence, son effronterie, sa haine de la discipline, l’esprit de jouissance et de torpeur. Messieurs, pour l’honneur et la survie de ce pays, je ne veux pas qu’il puisse jamais être dit, jamais être soupçonné dans le monde que dix ans de liberté nègre, dix ans de laisser-aller et de démission nègre suffiront pour que soit dilapidé le trésor que le martyr de notre peuple a amassé en cent ans de labeur et de coups de fouet. Aussi bien, qu’on se dise dès à présent, avec moi vous n’aurez pas le droit d’être fatigués…”

 

Léon Gontran Damas, Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire … Une page de l’histoire se tourne, mais c’est à nous de la garder vivante pour les autres.

 

Et mon esprit recommence à divaguer. Avec ses craintes et ses doutes, ses espérances. Ai-je fait le bon choix de venir au Québec ? Que pourrais je dire à de futurs immigrants ? Que leur dirai-je, en toute honnêteté ? Je ne sais pas…

 

Un an après mon arrivée au Québec, je regarde en arrière.

 

Des amis formidables qui se mobilisent pour ne pas que je quitte le Saguenay, pour que je m’y sente plus que jamais chez moi, des expériences culturelles inoubliables, des découvertes quotidiennes et, en arrière plan (ce qui est normal) un petit goût de nostalgie dans le coeur. Parce que finalement, on se demande toujours ce qu’on serait devenu si…Ce qu’on aurait fait si à un moment donné …Des questions qui deviennent d’autant plus lancinantes quand on apprend, en voyageant, que les réalités sont différentes, que les systèmes de société  font différents, que finalement, il y a des individus qui ne ‘ collent ‘ pas dans ces systèmes tout tracés, qui refusent d’y coller, ceux qu’on appelle, encore par soucis de catégorisation, des marginaux…

Ayavi Lake
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