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L’ART de bien commencer la semaine…

Une aventure hivernale

Par Ayavi Lake • 14 avr, 2008 • Catégorie: Chronique sur d'autres rives

J’ai eu la grande chance d’être sélectionnée pour passer des tests  pour un stage d’été organisé par la Presse. C’est un véritable honneur que de compter parmi les 60 personnes retenues, et même si ma route venait à s’arrêter là (seules 7 personnes seront retenues), je dois dire que j’ai aimé l’expérience.

 

D’abord, c’est un excellent moyen de connaître à peu près le niveau exigé par un des plus grands groupes de presse québécois, de rencontrer du monde et, finalement, de connaître son propre niveau. Je n’ai pu m’empêcher de faire mes petites observations : La majeure partie des représentants des minorités visibles (Une dizaine d’hommes et trois femmes) était souvent plus âgée que les ‘Québécois de souche’, il y avait des personnes de tout âge (ce qui est normal quand on sait qu’on peut se représenter plusieurs fois ), de tout milieu ( professeur de Cégep, étudiant, pigiste…) et de toute origine ( et là je tombe un peu dans le piège des apparences mais je crois que vous ne m’en voudrez pas).

 

C’est donc dans la salle de rédaction que nous avons essayé de donner le meilleur de nous mêmes. De la culture générale à la correction, en passant par de la traduction, les claviers crépitaient, les cerveaux bouillonnaient.

 

Voici ce que je vous ai ramené de cette belle expérience : une nouvelle composée sur le thème des problèmes de stationnement à Montréal. Et je dis un gros merci à Marie de Jonquière pour la relecture et la patience et à Roxane pour l’inspiration.

 

Ni morts, ni blessés : L’hiver achève à Montréal, on prévoit une accalmie dans la guerre du stationnement

 

Un froid matin d’hiver, en plein mois de janvier, dans un quartier tranquille de Montréal, une question existentielle me fendit l’âme : Comment allais-je suivre, rue après rue, la remorqueuse, dans ce Montréal qui m’était presque inconnu ?

 

L’affaire partait de loin : La veille, il avait neigé. L’avant-veille, il avait neigé. La nuit de la journée en question : neigé. Il fallait deviner les formes généreuses de l’auto de mon amie sous la tonne de poudre blanche. Et bien sûr, de l’autre côté du trottoir, trônait la pancarte rouge annonçant le déneigement de la rue pour le lendemain.

 

Le regard de mon amie me fit comprendre que le lendemain en question serait un jour de combat inégalé.Un combat contre le sommeil sucré et collant à six heures du matin, contre la neige qui continuerait de tomber dans la nuit, contre le temps. Le premier round se déroula le soir même : Il s’agissait de dégager l’auto de l’embuscade tendue par une neige vicieuse, qui s’était figée en glace et qui la retenait prisonnière. Après moult tentatives de dégagement au péril de nos vies, puisque l’auto gisait quasiment dans un virage, nous décidâmes de rendre les armes, momentanément. Je revois parfaitement la pancarte rouge, signe de guerre, nous narguant, se confortant dans l’idée que jamais nous ne réussirions avant sept heures du matin, tandis que mon amie et moi nous retirions pour reprendre des forces… La pancarte rouge avait raison et la neige a eu raison de nos fragiles forces matinales.

 

Branle- bas de combat ! Là : La déneigeuse… en ennemie.

 

On ne voit plus l’auto, elle semble agoniser sous l’assaut de la masse blanche. Dans la rue, la souffleuse, sur les trottoirs, la déneigeuse…Que faire? A cause de nous, une longue file d’autos se forme peu à peu, qui doit jongler pour éviter le tas imposant. Les regards sont sombres, accusateurs. Le chauffeur de la déneigeuse nous fait signe : Il faut dégager cet engin!

 

Découragée, mon amie appelle la ville de Montéal : «Une remorqueuse sera là dans dix minutes, madame… Oui votre auto va être dégagée… Oui à vos frais…Le chauffeur la mettra où il pourra. C’est-à-dire ? Ben ! C’est-à-dire à deux ou trois rues de chez vous ou de l’autre côté de Montréal…Ha! Non Madame, il ne vous préviendra pas, si nous devions appeler tout le monde pour indiquer l’emplacement des voitures…Suivez la remorqueuse madame, c’est tout ce que je peux vous dire… Très bonne journée

 

Mais comment diable vais-je suivre, rue après rue, la remorqueuse, dans ce Montréal qui m’est presque inconnu ? Je me précipite sur mon manteau, je change de soulier trois ou quatre fois. Il faut que je sois parfaitement armée. Une bouteille d’eau, des fruits jetés dans un sac à dos, un livre (au cas où le chauffeur de la remorqueuse se laisserait attendrir et me ferait monter avec lui) et l’impression, allez savoir pourquoi, d’être dans une situation totalement illogique.

 

Nous avions réussi, jusque -là, à éviter les bêtes noires des automobilistes de Montréal. Pas d’horodateurs défectueux, ni de bouche d’incendie invisible parce que cachée sous la neige, pas de marques sur les pneus indiquant que la police sait parfaitement à quelle heure vous êtes arrivés et à quelle minute elle pourra vous considérer comme étant en infraction…Mais un panneau de déneigement. Nous bénissions les larges rues qui facilitaient les créneaux arrières, tempêtions parfois contre un sens interdit ou unique surgi de nulle part, contre les parking aux prix fous, le centre-ville toujours bondé, les changements dus aux festivals d’été mais chaque fois, nous nous en tirions avec les  honneurs.

 

Mais comment diable vais-je suivre, rue après rue, la remorqueuse, dans ce Montréal qui m’est presque inconnu ? La Sénégalaise que je suis connaît mieux certaines rues du Saguenay pour y avoir vécu un an et se sent perdue dans la métropole. Je prends mon courage à deux mains : Voyons, je suis passée de l’Afrique à l’Europe, puis de l’Europe à l’Amérique du Nord sans ciller, ce n’est pas une petite traversée de Montréal, un glacial matin d’hiver, dans les rues blanches de neige, qui va me faire peur

 

Fin de la matinée : Il n’y aura pas de remorquage. La Sahélienne que je suis ne courra pas le Marathon de Montréal pour cette fois…

 

Une grosse aventure hivernale pour mes nerfs!

Ayavi Lake
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