Petites pensées parisiennes
Par Ayavi Lake • 7 jan, 2008 • Catégorie: Chronique sur d'autres rivesLa Tectonik : c’est la danse qui vous accueillera en ce moment à Paris. Mon chum, déjà habitué à danser « à la sénégalaise » rend jaloux les meilleurs danseurs avec ses bras qu’on dirait désarticulés, ses jambes légères et sa souplesse. Wikipédia nous annonce que « Le langage de la tecktonik met en jeu la désarticulation du corps, avec une propension à l’accélération extrême de l’exécution. Il en résulte une impression de fébrilité chaotique, de pantomime débridé, hors de contrôle, non sans une pointe d’humour » La danse des singes, comme on l’appelle encore fait fureur ici et j’ai été bien dépaysée en arrivant…
Mais Paris, c’est aussi Yannick Noah, qui, selon les sondages, était la personnalité préférée des français et vient de se faire devancer par Zinedine Zidane, le footballeur. Retrouver Paris après un an d’absence pour voir que finalement, les choses changent si peu vite, mais changent tout de même: il y a la « communauté noire » dont on commence à constater que le pouvoir d’achat est important, les produits dits « afro » sont désormais en rayon dans presque toutes les grosses chaînes de distribution. Mieux, les média sont plus tournés vers l’Outre mer (Antilles françaises) et ne se contentent plus d’anecdotes quand il s’agit de cette partie française du monde, comme si au fil du temps, la conscience de « l’autre » est plus exacerbée.
C’est aussi avec étonnement que, calée dans mon fauteuil pour regarder « Je suis une légende » dans une des salles du plus grand distributeur de films de la région parisienne, j’ai suivi l’annonce publicitaire, à 20h30 un samedi, d’une des plus grandes boîtes afro de Paris… chose impossible il y a un an.
Mais Paris c’est aussi la grève de la faim des sans-papiers pour qu’on les traite avec un peu plus de dignité. Paris, c’est l’éternel clash avec certains pays africains (souvent les anciennes colonies) comme le montre l’affaire de l’arche de Zoé. Quelques français, sous le couvert d’une ONG ont voulu sauver des enfants qu’ils pensaient orphelins et originaires du Darfour, en les faisant partir du Tchad. Manque de pot, apparemment, les enfants n’étaient ni orphelins, ni soudanais mais bien tchadiens et les autorités tchadiennes n’étaient pas au courant de cette transaction qui ressemblait fort à un enlèvement. Mais l’affaire était d’autant plus tragique que de l’autre côté de l’atlantique, en France, des familles attendaient ces enfants en vue d’une adoption : un moyen efficace de passer outre les démarches onéreuses et longue d’une adoption classique. Ce dernier évènement a mis l’accent sur des relations franco-africaines encore ardentes, sur une configuration ancien colonisé ancien colon, surtout quand après les délibérations des juges tchadiens (huit ans de travaux forcés au Tchad), il a été décidé de transférer les inculpés français…en France pour un second jugement.
Un an après mon départ de Paris, je ne peux que constater les changements : la pression sociale est encore plus forte et les multiples réformes de Sarkozy ne vont pas calmer.
Mais je retiendrai aussi mon séjour à Paris comme celui de la perte d’une partie de mon enfance : Benazir Bhutto, dont le nom aura bercé toute mon enfance a été assassinée.
J’associe à son nom ceux de Nelson Mandela, de Mère Thérésa, de l’Abbé Pierre et de tous les autres qui symbolisaient pour moi à la fois l’indépendance, la combativité et la résistance, des figures légendaires et exemplaires presque immortelles… dans mes yeux d’enfant.
Avec tout cela,je me demande bien ce qui se passe à Jonquière, même si j’ai entendu dire que l’hiver est de plus en plus rude… Je ne crois pas que j’y échapperai.
Ayavi Lake
Email à cet auteur | Tous les Articles par Ayavi Lake
Cet article a été lu 71 fois au total et 2 fois aujourd'hui
Est-ce que cette nouvelle année est précurseur d’un changement de ton et de vison ? Je vos que Ayavi se politise dans ses chroniques et nous rapporte avec un goût amer apparemment tous les évènements incroyables qui composent le monde d’aujourd’hui. J’étais très content de l’avoir pendant plus d’un mois avec nous ici et de la retrouver changée et plus épanouie que quand elle était en France, et de retrouver la Ayavi critique qui insiste sur son incompréhension de la marche du monde et du bon sens de la politique. Je t’encourage ma chère sista, à poursuivre la route en laquelle tu crois et à trouver ton chemin profesionnelle en défendant tes convictions, comme on en avait parlé. Continue, et ne faiblit pas.