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L’ART de bien commencer la semaine…

Pourquoi j’aime la messe de minuit

Par Ayavi Lake • 24 déc, 2007 • Catégorie: Chronique sur d'autres rives

Il y a le petit Jésus qu’on fait naître le 25 décembre, il y a Marie la maman qui a accouché dans une étable.  Il y a les trois rois mages et leurs cadeaux et il y a tous les autres. Puis il y a les cadeaux du mononcle et de la matante qu’on court acheter le 24 dans l’après-midi, parce qu’on les avait oubliés. Il y a les chèques cadeaux, les certificats cadeaux et tous ces mots à consonnances si administrative.

 

Et pour se rappeler l’indigence dans laquelle naquit le petit Jésus, on vit aussi l’indigence mais d’une façon toute personnelle : chocolats, truffes, gateaux, liqueur, alcool…C’est pour toutes ces raisons que j’aime la messe de minuit. Ce n’est pas la messe en elle-même, c’est toute l’ambiance qui l’entoure…

 

Il y a souvent des mîmes, joués par des enfants zélés (quand ils ne sont pas encore couchés) ou par des adultes bien gais. Et il y a toujours une patente qui ne marche pas : Le rideau ne se lève pas ou ne tombe pas à temps, on ne retrouve plus la poupée (le petit Jésus) que l’on doit placer au moment opportun pendant les mîmes, on oublie qu’un des rois mages ( Balthazar) était noir, l’âne perd ses oreilles au denier moment…

 

Mais j’aime aussi la messe de minuit parce qu’on se rappelle un peu qu’il n’est pas interdit de sourire et de serrer la main de ceux qui vous la tendent. Et puis j’aime la messe de minuit parce qu’elle me rappelle Dakar. Les préparatifs pour les soirées, souvent le 24 décembre. C’était un rituel à Dakar, de ne jamais manquer la messe de minuit. Pas vraiment pour prier, non je ne crois pas, mais surtout pour vivre une ambiance particulière. Les chorales avaient mis des mois à répéter leurs chants, les enfants des semaines à répéter leurs mîmes. La messe de minuit pour moi, c’est le vin un peu plus tard, ce sont les danses osées, les danses de couple, les présentations. Tout cela, je le rattache à la messe de minuit. Ce sont des instants de ma jeunesse passée à Dakar qui me reviennent chaque fois que je suis dans un pays lointain, seule avec mes souvenirs et mes nouveaux amis.

 

À Dakar, il y avait aussi les guirlandes que nous achetions chaque année au marché, la crêche que nous avons arrêté assez tôt de faire. Mais les meilleurs Noël pour moi, étaient ceux que nous fêtions presque en même temps que les musulmans du Sénégal fêtaient la Tabaski : la fête du mouton. Nous avions alors cadeaux et viande, c’était le bonheur.

 

Et surtout, l’ambiance dans les rues, dans les maisons était explosive, chaleureuse.
Fêter Noël et toutes les autres célébrations à Dakar et dans d’autres villes du Sénégal, c’est une affaire publique. Peu de maisons sont fermées, on va de maison en maison, on s’appelle, on se cherche, on s’habille, on danse. Parfois, on n’a pas d’argent, juste des amis, ses parents et c’est le plus beau Noël. Il n’y a pas de gigue à Dakar, et pas de violonneux comme à l’époque du père de Lyne de Kénogami et Marie de Jonquière, mais il y a les chants qui nous transportent, il y a l’arrivée et l’accueil des parents et des amis.

 

J’aime la messe de minuit parce que mine de rien, je me suis habituée à la retransmission de la messe du Pape à Rome, à ses vœux que nous regardions parfois en famille ou entre amis, d’une oreille tandis que l’autre écoutait les derniers tounes à la mode, et que nous fignolions les derniers préparatifs de notre soirée dansante.

 

Pour toutes ces raisons, j’aime la messe de minuit…

Ayavi Lake
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Une Réponse »

  1. Coucou de Dakar!
    Merci jeune dame de nous replonger dans la magie si diversifiée de Noël dans un tel melting-pot d’humour, de nostalgie, … de franchise.