Du sable à la neige…
Article publié le 17 décembre 2007 à
0:00 par
Ayavi Lake
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La Sahélienne que je suis avait envie de jouer au jeu du sable et de la neige. Mon pays, le Sénégal, est une terre de sable. Par notre position géographique, nous sommes la Bretagne de l’Afique de l’ouest, nous avons donc le nez dans l’océan atlantique, une partie de la tête et le tronc entier dans le Sahel. Notre pays ce n’est pas un pays, c’est le sable. C’est la chaleur, la saison des pluies, la saison sèche.
Avec le sable de Dakar, on pouvait faire des océans, des mers et des étendues, comme je fais avec la neige de Jonquière : je m’imagine nageant tantôt dans un sable fin et granuleux plutôt marron, tantôt dans celui rouge qui fait rougir les murs blancs des maisons ; tantôt dans une immensité de neige, à la recherche des contes de mon enfance : les eildewess (je ne sais pas pourquoi), les rennes, le sapin, noel et tout le reste.
Mais même dans ce froid, ou plutôt surtout dans ce froid, je ne puis m’empêcher de penser à mon sable natal. Mon sable jaune envahissant, dans lequel les taxis dakarois s’empêtrent avec désespoir, répond à la neige persitante qui rend fou les automobolistes distraits de Montréal. Mon sable rouge, marron et brun, utilisé pour faire les magnifiques tableaux de sable du sénégal, fait écho aux superbes montages en neige : bonhomme de neige, château. Mes arachides grillées dans le sable fin recueilli sur les plages de Dakar sont une petite gâterie, comme les sorbets à la neige de Marie de Jonquière. Et si j’apprends peu à peu à imaginer les trappeurs, les coureurs de bois, les Amérindiens et Maria Chapdelaine dans le froid et la neige, je sais parfaitement que Lat Dior Ngoné Latyr Diop (héros sénégalais de l’époque coloniale) et son cheval ont dû en parcourir, des kilomètres de sable.
Et puis je revois ces femmes sénégalaises tamiser, chaque matin, patiemment, le sable de leur cour, je revois les terrains de foot des jeunes sénégalais : souvent deux grosses pierres pour servir de camp et du sable, du sable à n’en plus finir qui leur donne des mollets bien de chez nous. Ici, à Jonquière, je regarde avec envie les skidoo et je me prépare à y monter un de ces jours. Et je peux vous dire, sans avoir jamais vécu de tempête de sable, que j’ai vécu , en janvier dernier, à Montréal, une tempête de neige qui m’a rappelé le sable granuleux, insidieux et mesquin de mon pays natal.
Et puis il y a aussi la lutte sénégalaise, la vraie, dans du beau sable chaud, il y a les souliers qui rendent l’âme très vite, étouffés par le sable . Il y a les gros souliers d’hiver que j’avais du mal à aimer au début et que je chéris maintenant. Et j’ai découvert avec grand plaisir que la Colombie Britannique était la capitale mondiale des châteaux de sable, et qu’il y a un concours international de château de sable à Montréal et un autre concours en Gaspésie.
Et puis quand on croit en être débarrassé, il y en a toujours un peu pour nous achaler. Il y a parfois un grain de sable qui ralentit ou bloque la machine de la vie, il y a toujours un flocon de neige qui annonce peut-être une tempête.
C’est bientôt Noël, Noël blanc, Noël en neige au Québec, le marchand de sable ne passera peut-être pas, mais on aura eu une belle neige…


