DimancheMatin - Arts et culture

L’ART de bien commencer la semaine…

Une neige inoubliable…

Par Ayavi Lake • 10 déc, 2007 • Catégorie: Chronique sur d'autres rives

Blanche, lourde, légère, sèche, granuleuse, fluide… Il y en a partout. De la neige en sacrement, partout.

 

Moi, voici ce que  je connaissais de la neige, depuis mon Sénégal natal :  Blanche et les sept nains, les bonhommes, les boules, la luge, les batailles, le ski, le yéti. Puis à Paris, je me rappelle ma joie devant ma première neige, une impression d’irréalité, la sensation d’être dans un conte de fée occidental. J’associais aussi à la neige les ours blancs polaires, les igloo, les baleines, les phoques, le poisson, les anorak, les moto-neige, les chiens de traineau. Parfois, je m’imaginais devant un bon feu de cheminée, un jour lointain dans le Québec profond, un verre de vin chaud sous la main, une crêpe au sirop d’érable clôturant un excellent dîner ( à l’époque dîner voulait encore dire pour moi repas pris le soir) et précédant une soupe aux gourganes, une fondue chinoise… Mets-en!

 

Je me suis réveillée le 4 décembre 2007 à Montréal, armée d’une pelle plus grosse que moi et devant déneiger… un char. Dans mon innocence (au sens québécois du terme) je ne comprenais pas, je ne concevais pas que de la neige, par essence légère, granuleuse, fluide, toujours présente dans les contes, symbole de l’innocence, de la joie, du feu crépitant, de noel,  pouvait  empêcher le monde de tourner en rond. Deux heures, caline, deux heures pour déneiger un char enfoui depuis deux jours sous la neige. A genoux, couchée, debout, sur le côté… mon dos en souffre encore.

 

Et il faut aussi se familiariser avec les engins sortis tout droit d’une BD manga : des espèces de gros insectes à mandibules acérés, des monstres inimaginables dotés d’intelligence, des patentes qu’on aurait dit nourries aux hormones. Des souffleuses, des déneigeuses, des ramasse-neige… Je ne sais plus quoi d’autre. Des formes vivantes, grouillantes, monstrueuses qui maltraitent la neige, la bousculent, la tordent, la soufflent, la projettent, l’écrasent, la noircissent, surgissent dans le décor blanc…Il faut venir au Canada rien que pour ce magnifique spectacle.

 

Maintenant, en plus de rêver aux bras de mon chum et à un feu de cheminée quand on me parle de neige, je vois la pelle qui m’attend à Jonquière, pour pelleter l’entrée, je vois le gros sel, je me vois glisser sur la glace (que j’appelle faussement verglas malgré les multiples explications de Jean-Pierre de Jonquière). Je fais des cauchemars : ma ville adoptive, Jonquière se transforme brusquement en une ville fantôme du Far West, avec ses maisons en bois, ses saloons et ses barbiers. Mais ce n’est pas un cauchemar, c’est vrai : Jonquière aujourd’hui ressemble étrangement à cette ville qui m’a accueillie il y a huit mois, un matin de mars : grise et blanche, silencieuse, presque morte. C’est l’hiver et les jonquiérois hibernent…

 

Lyne de kénogami m’a promis que nous irions faire de la raquette, du skidoo, du ski et plein de choses que mon esprit de sahélienne a du mal à imaginer. En attendant, je retiens les leçons hivernales que me donne ce pays et je récite les commandements  que j’ai appris à mes dépens :  Je ne sortirai plus tête nue sous une tempête de neige, pensant que la neige est légère et qu’elle glissera comme de l’eau sur une aile de canard,  je me procurerai des bas épais et des gants dignes de l’hiver canadien (j’ai failli perdre mes orteils), je ne courrai pas sur la neige noire tant que je n’aurai pas appris à marcher dessus sans tomber (ce n’est que dans les films que les gens arrivent à courir sans tomber), je me protégerai les oreilles, je ne plongerai plus jamais mes doigts gelés dans de l’eau chaude (tabarouette! Pourant mon père m’avait prévenue), je prendrai la sainte habitude de  suivre la météo jour après jour (on n’est pas au Sénégal icitte!), je ne laisserai plus jamais ma fenêtre ouverte longtemps (pour ne plus pouvoir la fermer pendant 2 jours à cause de la glace).

 

Mais l’hiver est quand même beau et moi il me fait rêver, boire plus de soupe, manger plus de poisson et… me serrer plus fort dans les bras de mon chum.

Ayavi Lake
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