Il neige dehors… Mettez vot’parka !
Par Ayavi Lake • 19 nov, 2007 • Catégorie: Chronique sur d'autres rivesJe suis dans ma p’tite chambre à Jonquière, ma fenêtre a gelé et ne s’ouvre plus, la neige a tout enseveli, dehors il fait un temps plate, mais je suis heureuse. J’ai commencé « Charles le téméraire » d’Yves Beauchemin, en même temps que « Maria Chapdelaine » de Louis Hémon. Sur ma radio cassette vont s’enchaîner Anne Sylvestre et la Bolduc et sur mon lecteur CD vont défiler Harmonium et Gilles Vigneault.
J’ai d’abord sursauté quand j’ai vu la cassette d’Anne Sylvestre dont les textes lus dans « Une sorcière comme les autres » m’avaient déjà séduite et j’étais persuadée qu’Anne Sylvestre était…québécoise ! Amis mélomanes, excusez mon ignorance. C’est encore une fois à mon amie Lyne de Kénogami que je dois cette découverte. Vivre cinq ans en France et ignorer qu’Anne Sylvestre est française !
Écouter une cassette pour moi, c’est retourner à Dakar, me plonger dans une nostalgie sans fin, à l’époque des soirées, des rumbas, des cassettes que nous écoutions sur des postes maganés et que nous roulions avec des stylo ( qu’on appelait tous BIC, du nom de la marque). Ce qui me plaît dans les textes d’Anne Sylvestre, c’est la simplicité crue de ses mots, mais aussi cette description tranquille de la vie, de l’histoire des femmes : l’amour, la vieillesse, l’enfance, les hommes. La plupart de ses textes tournent autour des femmes, sont pleins d’images, de métaphores qui me font capoter. J’ai rigolé en écoutant sa chanson sur « la blonde » : « Il suffit qu’il arrive une blonde, en deux secondes, le ciel s’obscurcit… Elles ont la beauté bienheureuse…Un jour arrive une blonde et on la hait ». Il y a ce beau dialogue imaginaire entre une épouse et une maîtresse dans « l’autre et l’une ». J’ai trouvé « Faites-moi plutôt la cour » d’un réalisme fou : « Faites moi plutôt la cour, ça devient rare de nos jours, on ne se tourne plus autour, n’importe qui peut faire l’amour, comme une simple performance… » Un agréable mélange de féminisme, de réalisme, d’ironie de la vie que j’adore. Dans son album « Les chemins du vent », la chanteuse dédie sa toune « Berceuse de Bagdad » aux femmes de Bagdad qui ont choisi d’accoucher prématurément par césarienne trois jours avant le 20 mars 2003… Mets en !
Imaginez ces beaux textes qui montrent la femme autrement qu’en mère, épouse, amante et lui laissant tout ces statuts en même temps… Je capote, sur mon lit, avec en arrière fond, le bruit de la cassette qui se déroule… Et il neige dehors.
Ensuite je passe à la Bolduc. Alors là à la première écoute, cela me rappelle le dimanche à la maison, quand mes parents mettaient leur Vicky Landros, leur Mike Brant, leur Brassens, Ferré, Gainsbourg : ces vieilles cassettes qu’on entendait souffler, tirer, pousser et qu’on écoutait avec plaisir en faisant autre chose.
La Bolduc, pour moi, a longtemps été une grande dame sur laquelle je ne n’arrivais pas à mettre de visage ou de musique. On me parlait de Céline Dion, d’Yves Beauchemin, de la tourtière, mais rarement de la Bolduc, jusqu’à ce que je demande à Lyne de Kénogami de me faire découvrir une musique de l’époque, du « Québec profond ». Et j’ai été charmée de faire la connaissance de Mary Travers-Bolduc, d’abord parce que j’ai toujours plaisir à découvrir l’histoire et qu’en écoutant la Bolduc, j’en apprends autant sur la « dépression » des années 30, qu’en lisant un manuel d’histoire du Québec, avec en prime des histoires populaires, un accent charmant, des expressions typiques et, ce qui me fait le plus capoter : le turlupinage. Pour mes amis non Québécois, je dirai que la Bolduc est un peu une Edith Piaf qui savait manier l’humour pour redonner du courage à la population avec des airs populaires qui cimenteront la chanson québécoise traditionnelle. Amis québécois, ai-je raison ? Et enchaînant Gilles Vigneault et la Bolduc, je m’imagine chez Lyne de Kénogami (dont le père était violoneux) au milieu des reels, des gigues et des airs irlandais.
De Gilles Vigneault, ma toune préférée reste : « Mettez vot’parka » elle exprime, pour moi, tout le courage des Canadiens-Français, toute cette magnifique aventure pour construire un pays, tout recommencer… « Ce sont les gens de ce pays, un grand navire ils ont bâti, pour aller sur l’eau sur l’onde… allez voir au bord du monde… »
Quant à Harmonium, disons que c’est peut être paradoxal, mais je vibre plus sur la Bolduc et Gilles Vigneault que sur le groupe. Lyne de kénogami m’a pourtant tendu ce cd avec une étrange lueur dans les yeux, une lueur qui rappelait les « habitudes » de l’époque. Car Harmonium, c’est un peu l’époque hippie, mais je n’ai pas accroché. « L’Heptade » est très agréable à écouter, mais je suis peut être dans ma période de découverte du « Québec profond », il me faut peut être un peu de temps pour apprécier à sa juste valeur ce groupe. Amis francophones, pour mieux connaître la Bolduc, Gilles Vigneault et Harmonium, voici quelques références :
http://www.labolduc.qc.ca
http://www.chansonduquebec.com/bio/vigneaul.htm
http://www.comnet.ca/~rg/harm.htm
Ayavi Lake
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Vicky Leandros!! “Bleu, bleu, l’amour est bleu” J’ai entendu souvent cette chanson dans le tourne-disques de ma mère!
Foisonnant de références musicales !
Là, on mesure que le Monde n’est pas si petit. Et pourtant on est toujours en Francophonie !…
“Capoter”, dis-tu trois fois. C’est quoi ça même ?
Vicky Leandros!! “C’était le temps des fleurs, on ignorait la peur… les lendemains, avaient un goût de miel…”