Ai-je bien entendu ?
Article publié le 1 octobre 2007 à
15:41 par
Ayavi Lake
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Nous étions attablées à la terrasse d’un bar, un après midi du mois d’août, à Chicoutimi. J’écoutais avec attention une amie saguenéenne et il me fallut quelques minutes pour comprendre le fou rire général qui s’était déclenché autour de moi. L’amie saguenéenne s’évertuait tellement à prononcer, articuler, arrondir, pour que je la comprenne que le reste de la tablée s’était imaginé que je ne parlais pas français.
Je regardais mon amie, je n’avais pas remarqué qu’elle faisait un effort immense pour parler lentement, dire « moi » au lieu de « mwé », fils au lieu de « flot » et culotte au lieu de « bobettes ». Mais si je n’ai pas remarqué ce changement, c’est bien que mon oreille s’est faite à la façon si propre aux Saguenéens de parler. J’avoue que P… et M… ont vite pris la poudre d’escampette devant câlice, tabernacle et tous leurs cousins germains. Mais j’avoue aussi que je me laisse plus souvent aller à leur utilisation quand je suis seule plutôt qu’en public où j’ai chastement recours à un : « Hé ! Seigneur » dont personne n’est dupe.
Quand j’ai avoué à mon amie Lyne de Kénogami que notre première rencontre fut un supplice pour moi, elle éclata de rire. Je venais d’arriver dans la région, jamais je n’avais entendu un tel débit de paroles couler en un temps si réduit et avec une telle originalité… sonore.
Souvent, je me remémore les expressions francophones bien sénégalaises, celles ivoiriennes et je ris, je ris toute seule.
Pourquoi diable dites-vous « je serai là vers quatre heures comme ça » m’a demandé mon amie française Laura, un jour. Je ne sais pas Laura, c’est pour mieux te surprendre. Pourquoi donc dites-vous « il a marié cette fille » au lieu de « il s’est marié avec cette fille ». Je ne sais pas Laura, demande aux Sénégalais et aux Québécois. C’est pour mieux t’étonner. Et pourquoi, bon sang, dit- on « j’ai honte » au Sénégal, pour exprimer sa timidité. Je ne sais pas Laura. C’est pour mieux te charmer. Et pourquoi, saperlipopette dit-on « à soir » au Québec, au lieu de « ce soir ». Je ne sais pas Laura, c’est pour mieux te faire parler. Et que veulent dire « essencerie » et « dibiterie » ? Je sais Laura, mais ouvre ton dictionnaire…
Alors, un soir, après avoir savouré les dialogues « façon façon » ivoiriens, j’ai proposé à mon amie Lyne de Kénogami de se prêter au jeu et de me dire exactement ce qu’elle comprendrait de la pièce de théâtre ivoirienne. Toute ! Mets-en ! Pas dépaysée pour un sou Lyne de Kénogami, à rire devant les expressions ivoiriennes imagées.
Il faut aussi que je vous parle des improvisations musicales de Jonquière…
Un karaoké japonais dans une tour infernale en deux minutes, un Rodéo et Juliette allumé en 1 minute et 50 secondes, un air de rock diabolique sur du Jimmy Hendricks …Et j’aurai pu dire : un air de funana accompagné d’une sonorité de Mbalax relevé de jazz dormant sur un rythme ounanien (en référence au groupe Ouanani) de raggabécois en quatre minutes. C’est au milieu des commentaires grivois et coquins des deux animateurs, d’un arbitre pince sans rire et fin, et surtout au milieu d’un public fort connaisseur que j’ai découvert les shows de musique improvisée. La règle est simple : deux équipes jouent à tour de rôle (ou parfois en même temps) après avoir écouté les thèmes imposés : souvent des thèmes fous, originaux et qui demandent de la virtuosité. Puis le public vote, après chaque interprétation. Les commentateurs sont là pour mettre la bonne humeur et ce soir là, ce fut réussi.
Mon amie Marie de Jonquière m’a expliqué que cette mode d’improvisation est née au Québec dans les années 80 et pouvait toucher d’autres domaines comme le théâtre. Puis la mode est allée chatouiller des pays comme la France, la Hollande.
Une Sénégalaise à Jonquière…


