Un autre univers…
Article publié le 10 septembre 2007 à
0:00 par
Ayavi Lake
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Cette chronique est un clin d’œil à mon oncle de Washington, lui qui s’intéresse aux Amérindiens, à leur culture et à leur histoire. J’ai vécu une expérience magnifique : la tente de sudation. Mon amie Lyne de Kénogami est venue me chercher juste après dîner. Nous sommes allées retrouver des amis métis (amis francophones, au Canada, le mot métis se rattache d’abord au mélange « Blanc/Indien », il n’a pas le sens plus général que nous lui donnons souvent en Afrique) sur leur île. Une petite île, juste à côté de Jonquière, voisine de dizaine d’autres inoccupées.
Les « sentinelles » nous attendaient, ces souches de bois aux formes surprenantes que nos hôtes avaient planté le long de l’île et qui veillaient sur nous. Puis notre hôte nous a emmenés faire le tour de l’île et nous avons appris à choisir les champignons : éviter les vénéneux, choisir les plus jeunes ; nous avons trouvé des roches pour notre feu : attention, il faut savoir choisir les roches, elles doivent être fermes, pour ne pas briser dans le feu. Nous avons fait un grand feu avec le bois que notre hôte avait ramassé avec patience, nous avons fait chauffer les roches.
Depuis la veille, notre hôte avait construit une armature de bois qu’il avait disposée dans le sol, les hommes ont placé les bâches sur l’armature, de façon à lui donner la forme d’un tipi et ils ont creusé un trou assez profond pour accueillir les roches rougeoyantes…
Puis, par groupe de 4 ou 5, nous entrons dans la loge de sudation, chacun se fait une petite place et nous transpirons en chœur. Très vite, vous sentez l’air chaud entrer dans vos poumons, la vapeur envahir votre corps et serpenter sur votre peau. Les roches rougeoient au fond de leur trou et laissent échapper un sifflement quand, doucement, par petites doses, on y verse de l’eau. La vapeur s’élève alors, puissante. Il faut éviter la boucane, qui se produit lorsque des éléments minéraux (feuilles par exemple) se sont glissés sur les roches brûlantes.
La loge de sudation est le meilleur endroit pour savoir ce que signifie cette tradition.
Un ami nous explique patiemment que cette thérapie se fait en trois jours.
Le premier jour, il s’agit de faire le feu dans lequel brûleront les roches, chacun participe, le second jour est consacré à la mise en place de la loge elle-même et enfin, le troisième jour, tout est prêt. D’habitude, nous dit l’ami, cela s’accompagne de jeûne (pendant les trois jours souvent) Il a utilisé un terme qui m’a touchée : une déstructuration mentale.
On doit sortir de la tente de sudation comme neuf, vidé. Nos rires et nos échanges ont remplacé le recueillement, le silence et la concentration dans lesquels les Amérindiens devaient se trouver dans ces moments précieux.
J’en suis sortie toute émue, prenant pleinement conscience de mon corps et de celui des autres. C’est presque douloureux de sentir cette chaleur envahir chaque recoin de son corps, sans pitié. Puis, il faut prendre un bain rapide dans l’eau fraîche (ici le lac Kénogami) et revenir dans la loge de sudation.
Je puis vous dire qu’après cette expérience, j’ai passé une nuit formidable…
Et alors que nous causions de rites, cérémonies et initiations, j’ai ressenti un plaisir immense, de l’orgueil même quand un professeur de français accroupi de l’autre côté de la loge de sudation m’a dit qu’il avait fait lire à ses élèves : « L’enfant noir » de Camara Laye (un classique pour les Sénégalais de ma génération)…Ici, à Jonquière. Après le concert du sénégalais Zale Seck et du groupe Ouanani, c’était ma troisième grosse surprise « africaine ».
Et puis, je sais écrire mon nom en Cri (Un des peuples amérindiens et la langue que ce peuple parle) et je sais peut-être aussi d’où vient le mot Chicoutimi et ce que cela veut vraiment dire, au-delà de la signification classique et exotique qu’on nous en donne : « jusqu’où l’eau est profonde ».
Mais je ne peux pas tout vous dire, car après tout, ce que je vis là est comme une initiation à « l’Autre » et à ses différences, à « l’autrement » culturel et à ses surprises magnifiques et les initiés doivent aussi savoir garder le silence…

