De série en série
Article publié le 3 septembre 2007 à
0:00 par
Ayavi Lake
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Avec mon amie Lyne de Kénogami, nous prenons souvent des marches le long de la rivière aux sables, avec, parfois, d’autres chums. Alors quand la pluie nous surprend, un après-midi où nous avons prévu de jaser de choses de filles sur la place Nikitoutagan, nous nous réfugions dans son char et décidons de retourner à l’exploration de la culture québécoise.
J’ai découvert l’univers des séries québécoises à Dakar, lorsque TV5 éveillait, sans le savoir, mon sens de l’ailleurs. Puis, plus tard, à Paris, je tombais par hasard, un mercredi d’été, sur un petit bijou : Pure laine. Mon esprit s’habituait petit à petit à l’humour québécois, à l’originalité culturelle de la belle province et peut être même devrais-je dire à l’exception culturelle québécoise.
Je rencontrais, à Montréal, une étrangeté qui me plut de suite : Taxi 22. Mais la série tirait à sa fin. Je suis littéralement en extase devant les séries québécoises que je découvre avec plaisir. Souper avec Lyne en placotant, puis m’enfoncer dans mon fauteuil douillet devant un film ou une série sont devenus des moments magiques pour moi. Et Lyne ne m’épargne rien : Fric Show, Robert Lepage, Crazy, Rumeurs… et j’en redemande.
L’exception culturelle, je la ressens dans chaque réplique, dans chaque cadrage, dans chaque scène de vos séries, ô amis Québécois. Je bois vos dialogues épicés, vos clins d’œil parfaits, vos scénarios originaux. La francophone africaine que je suis s’extasie devant vos audaces télévisuelles, vos jeux piquants, votre originalité. Quand le cinéaste Vallée me décrit le Québec des années 70, engoncé dans ses Ave Maria et son conformisme, quand je vois François en série qui fait ses crises identitaires et de la trentaine, quand je surprends vos « câlisse » et vos « tabarnak » bien assénés, je fige. Si le combat mené par la France, le Québec, une partie de l’Afrique et d’autres pays pour l’exception culturelle (au sein notamment de la Francophonie) devait mener, entre autres, à ce résultat, alors je m’assieds, j’ouvre une bouteille de bière aux bleuets et je m’exclame : « Mets-en ! »
Il est loin le temps où je digérais avec aigreur et avec beaucoup de renvois les lourdeurs des télé-novellas mexicaines ou portugaises. Elle est loin l’époque où je pleurais de désespoir devant la profondeur et la finesse de certains gros films « quétaine » américains. Et, pardon amis Français, mais elles sont révolues, les années où je passais des heures à essayer de comprendre pourquoi certaines séries françaises paraissaient si peu naturelles, presque surjouées et surtout bien peu originales.
Ho ! Je ne dis pas que j’aime toutes les séries québécoises, mais j’exprime le sentiment de plaisir que j’éprouve devant certaines. Et il faut que je le dise : ô vous qui concevez des guides pour « une intégration réussie des migrants » pensez donc un jour à leur expliquer à quel point le décryptage des séries, des films peut être un excellent moyen de comprendre cette société, de l’aimer et de s’y glisser… Doucement.

