Rythmes, goûts et couleur…
Article publié le 6 août 2007 à
8:30 par
Ayavi Lake
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Il y a des jours, comme la semaine dernière où les mots ont du mal à s’aligner les uns derrière les autres et où on se demande comment tenir un bic (stylo pour les non francophones sénégalais). Mais il y en a d’autres où on ne sait plus, pantoute, comment canaliser la verve qui nous assaille…
Moi, j’étais à l’ouverture du festival Rythmes du monde de Chicoutimi, avec mon amie Lyne de Kénogami. Il y avait, au Nord (scène Desjardins) le groupe Labess d’Algérie et au Sud (scène Bell), le groupe « multi ethnique » Insolita.
On nous avait annoncé, sur le pamphlet, que Labess « voyageait de la guaracha cubaine au flamenco, de la rumba gitane en passant par les musiques métissées du monde arabo-berbère et de l’Afrique noire ». On avait usé d’une bonne vieille figure de style : l’euphémisme.
Labess a mis son âme dans sa guitare, il a plongé dans ses racines algériennes, il s’est penché sur l’Afrique noire et il m’a fait rire et pleurer, il m’a touchée, il m’a saisie. Labess est venu à Chicoutimi, avec du piment dans la voix, du poivre dans la guitare et plein d’autres épices dans ses textes en arabe et en français. Et j’ai pu danser, savourer chaque note, comme un gâteau exquis.
C’est avec beaucoup de peine que j’ai quitté le Nord pour le Sud. J’ai su éviter, avec mon amie Lyne de Kénogami et deux Tremblay qui nous avaient rejointes, j’ai su éviter les écueils, la foule, les fumets de gaufre et de hot dog et arriver au Sud : Scène Bell, groupe Insolita.
Oui, les performeurs, les manipulateurs de feu m’ont impressionnée, oui mon amie Lyne se serait crue au Cirque du soleil, oui les percussionnistes ont déployé une énergie farouche, oui le spectacle fut impressionnant. Mais de grâce, que l’on me dise ce que veut dire « multi ethnique ». Est-on multiethnique parce qu’au lieu de chanter, on produit des bruits qui rappellent de loin les chants des Amérindiens autour d’un feu, ou ceux des peuples premiers d’Afrique ou d’Asie ? Est-on multiethnique parce qu’on se peint le visage et le tronc de signes supposés cabalistiques ? Est-on multiethnique parce qu’on allie guitare, tambour et sons parfois gutturaux ? Il paraît que les goûts et les couleurs sont dans la nature : je n’enlève rien à la technique du groupe Insolita, non plus qu’à son énergie formidable et à sa prestation étonnante. Je veux juste qu’on explique à la Sénégalaise néo-québécoise que je suis ce que veut dire multiethnique. Savez-vous ce qu’il manquait sur la scène : un immense chaudron bouillant plein de petits blancs autour duquel auraient dansé, munis de leurs flèches empoisonnées, les artistes.
Comment dire mon étonnement lorsque le lendemain, le Quotidien, journal de la région, accordait une double page au groupe Insolita, et deux lignes, que dis-je, un tronçon de ligne au groupe Labess. Comment exprimer ma déconfiture, lorsque le lendemain, le journal de 18 h de Radio Canada annonçait dans ses gros titres le succès de Insolita. Et « Lou bess du côté de Labess ? (Et quid de Labess ?) Dara bessoul (Labess, connaîs pas !) », en tout cas dans les titres.
Amis Sénégalais, pardonnez cette traduction subjective et orientée. Je me rappelle que Bourdieu, dans son essai sur la télévision (et j’écris sous le contrôle de mon petit papa et de Raphael Lambal), expliquait que plus une œuvre d’art circulait dans un cercle restreint et loin des médias, plus elle gardait de son authenticité et de sa beauté. Et que le fait même pour une œuvre d’être grandement exposée aux médias la forçait, quelque part, à entrer dans les « normes », à plaire au plus grand nombre. C’est parfois le cas. C’est ici le cas.
Oui, j’ai apprécié Insolita, mais plus pour ses prouesses techniques, que pour une éventuelle recherche ou un quelconque métissage dans la musique.
De grâce, que l’on m’explique ce que veut dire « multiethnique »…

