Le (nouveau) péril jaune
Article publié le 31 mai 2007 à
0:00 par
Jonathan Habel
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Étant donné que ma chronique s’appelle Jour de paye, il fallait bien que je parle un peu de celles des Québécois et Québécoises. Parfois on la trouve trop basse, on ne la trouve jamais trop volumineuse. Elle peut impliquer trois malheureuses petites heures au dépanneur du coin le samedi matin pour l’étudiant, ou soixante heures pour le journalier qui fait de l’overtime. Quelques-uns y ajoutent des commissions, d’autres des pourboires. Certains pensent que leur pouvoir d’achat qui en résulte va en s’affaiblissant, certains autres cherchent à chaque année à dépasser le pourcentage de l’inflation annuelle. Et d’autres encore n’en ont plus du tout et cherchent à inverser la tendance à tout prix.
Et depuis quelques années, ce qu’on appelle le cheap labor vient faire de plus en plus mal aux salariés québécois. Surtout dans les régions-ressources comme la Côte-Nord, l’Abitibi, le Saguenay Lac St-Jean et le Nord-du-Québec, mais aussi dans la région métropolitaine. Ces travailleurs sous-payés d’ailleurs, souvent des sud-américains ou des asiatiques, sont traités de voleurs de jobs. Il semble que trois fois sur quatre, quand une usine d’ici ferme ses portes, c’est pour « relocaliser » ses opérations dans un endroit où les regroupements de travailleurs, aussi nombreux soient-ils, sont désorganisés, soumis, résignés. Et quand ça arrive, c’est inquiétant ; et quand quelque chose est suffisamment inquiétant, on panique.
Malheureusement, quand on panique, on risque de faire les choses tout croche. On oppose une résistance syndicale symbolique pour ne pas perdre la face, on se moque des commentaires des dirigeants qui parlent de nouvelle donne mondiale. On ne recule devant rien. Le problème, malgré toute ma sincère sympathie pour ces gens d’ici, c’est qu’en quelque part, leurs futurs ex-patrons ne bluffent pas : la donne n’est pas en train de changer, elle l’a déjà fait depuis un bon bout de temps. Les usines, surtout dans le secteur primaire, vont continuer à disparaître pour ensuite réapparaître quelques mois plus tard à Séoul, à Santiago, à Bogota, à Manille, à Sao Paulo, à Taipei, à Singapour. On dirait qu’il n’y a rien à faire, que le cheap labor a déjà gagné la partie. Pourtant, on dispose encore d’un net avantage sur eux. Un avantage que l’on tarde à exploiter, et qui pourtant est évident.
Je ne détiens évidemment pas la connaissance infuse en économie, qui comporte des règles complexes et changeantes, mais il me semble que notre population fortement éduquée devrait s’empresser de diversifier ses secteurs économiques. Misons sur des domaines qui échappent à nos « rivaux », au lieu d’exacerber ces sentiments négatifs qui ressemblent parfois à une sorte de racisme en devenir. Quand une usine retire ses jetons, on s’empresse d’essayer d’en faire entrer une autre, qui répétera le même manège quelques années plus tard. Si le nouveau terrain de jeu des multinationales est devenu l’Asie et l’Amérique du Sud, personne ne pourra les en empêcher, sauf les demandes croissantes des travailleurs d’outre-mer, qui soit dit en passant commencent de plus en plus à prendre conscience de leur grande force. Un jour, ces grands joueurs économiques affronteront des syndicats chinois, malaisiens, mexicains, brésiliens de plus en plus fort. Rendus là, ils se démerderont bien sans nous. En attendant, délaissons donc notre vue à court terme pour profiter de notre atout en réserve : l’éducation. Et des secteurs économiques qui peuvent grandement en profiter, comme le tourisme, la biotechnologie, l’informatique, les communications et bien d’autres.
Nous sommes en avance sur des dizaines de pays sur le plan de l’éducation. Célébrons en force ses avantages au lieu d’en faire un simple luxe réservé à quelques-uns, ou une caractéristique plus utile que primordiale. Intégrons toutes les couches de la société, toutes les ethnies qui forment notre nouvelle mosaïque culturelle. C’est peut-être notre plus grande richesse, et la clé qui mène vers la solution à tous ces problèmes récurrents que l’on combat avec de vieux moyens dépassés.


