Dans la cour de récréation
Article publié le 15 avril 2007 à
0:00 par
Pierre-Luc Gagnon
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Ah la cour de récré! Ça fait cliché de le dire, mais c’est bel et bien là que j’ai embrassé une fille pour la première fois… sur la joue. Et pour y parvenir, j’avais fait preuve d’une astuce incroyable. Je me trouve encore ratoureux, juste à y penser. Laissez-moi vous raconter.
La cloche sonne, je suis en 1re année du primaire. Je ramasse ma boîte à lunch qui contient un thermos de jus, un sandwich amoureusement écroûté par ma mère, une petite boîte de raisins secs Sun-Maid et quelques fraises. Nous sommes en juin, l’année scolaire s’achève. Dans la cour de récréation, il fait chaud. Encore plus pour moi qui s’apprête à mettre en branle ma stratégie du baiser. Je m’adosse au mur de brique de l’école St-Coeur-de-Marie et commence à déguster mon goûter. Soudain, dans un halo de lumière divine (c’était probablement le soleil), j’aperçois la belle Marie-Jo Aubé. Comme c’est mon amie et qu’elle est dans ma classe, je me permets de l’inviter à manger avec moi. Elle accepte en souriant. Et c’est là que s’amorce ma candide courtisanerie.
Dans un geste plus timide que convaincant, je lui offre une fraise. Elle me remercie, et pendant qu’elle la déguste, je m’exclame : tu sais Marie, je ne donne pas des fraises à n’importe qui. Elle demeure sans réponse. Je rapplique, en sautant du coque à l’âne, et de la gêne à la rougeur extrême : moi là, je suis game d’embrasser n’importe qui… allez mets-moi au défi… n’importe qui dans la cour de récré! Je tremble un peu, j’attends sa réaction. Elle semble surprise. Elle réfléchit, toujours avec sa queue de fraise entre les doigts, juste avant de briser le silence. Alors embrasse-moi, suggère-t-elle, comme en lisant dans mes pensées. Et c’est ainsi que mon premier baiser, sur la joue rappelons-le, s’est déroulé.
Le lendemain, je suis retourné jouer au ballon prisonnier avec les gars, dans la cour de récréation, là où toutes les émotions s’écoulent entre deux cloches. Et encore aujourd’hui, je crois que l’expression chanter la pomme devrait laisser sa place à la fraise.

