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Provincetown Playhouse, juillet 1919, j’avais 19 ans

Article publié le 27 janvier 2007 à 22:47 par Marc-Antoine Charette

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Vous n’avez pas besoin de vérifier dans la grille horaire de votre théâtre du coin, Provincetown Playhouse, de son petit nom, n’est plus joué en salle depuis belle lurette. Je dois donc m’en tenir à vous en proposer la version texte (recherchez sous Leméac Éditeur).

 

Je dois vous avertir : cette pièce ne conviendra pas à tous. Pas à tous, certes, mais au moins aux amateurs de ces théâtres sombres où les éclairages sont les seuls instruments de personnalisation de la scène. Parce qu’effectivement, c’est du théâtre alternatif : la pièce est classée sous le thème Théâtre Poétique. Laissez-moi vous mettre un peu dans le contexte.

 

À la manière d’un texte continu regroupant des scènes présentes et passées, on nous présente Charles Charles, un homme de 38 ans, qui est accusé, avec deux de ses copains, d’avoir éventré un enfant devant une salle pleine, 19 ans plus tôt. La pièce, qui se veut reliée à la beauté, utilise la « clé », empruntée du roman, pour tenir le lecteur en haleine. 19 juillet 1919, à sa fête de 19 ans, Charles Charles, âgé de 19 ans, tue indirectement un enfant de 19 coups de couteau pour faire le point sur les choses 19 ans plus tard. Cela rajoute de l’ampleur à la folie présentée dans le texte, après avoir remarqué que les textes sont placés de façon à donner un mouvement continu entre les dialogues et monologues des deux Charles Charles (celui de 19 et celui de 38 ans).

 

Vous le savez, je suis un passionné du profond. Et avec Provincetown Playhouse, je peux dire que j’ai été servi, parce que toute la pièce ne tient que sur un évènement, une heure, un moment dans une vie, un vide. J’ajouterais même que la pièce entière tourne autour d’un moment où rien ne s’est passé : le moment entre lequel trois amis ont interprété une pièce et le moment où ces trois mêmes hommes tuent un enfant.  Un homme se défend de ne pas avoir tué dans une pièce de théâtre… où l’on tue un enfant. Essayez d’imagine de contester une scène qui s’est déroulée devant une centaine de spectateurs. La folie présente entre les lignes vous envahira. Même sans une structure conventionnelle, sans un dénouement à l’américaine, la pièce est extrêmement bien écrite. L’incompréhension qui règne après la première lecture est un effet que j’ai adoré. Comment rester indifférent devant un : « Mesdames et Messieurs, le théâtre auquel vous allez assister ce soir va vous  prendre à témoin du sacrifice de la beauté. Ce sac contient un enfant. À la fin de la pièce, l’enfant sera éventré de dix-neuf coups de couteau sous vos yeux. »
 

Encore une fois, je me retrouve à ne pas être capable de décrire quel esprit maléfique m’a envahi au moment de lire ces quelques lignes. Mais, je suis persuadé qu’aucune étude supérieure en littérature québécoise ne serait capable de venir à bout de ce texte machiavéliquement bien ficelé.
 

Les honneurs reviennent à Normand Chaurette, récipiendaire de deux prix du Gouverneur général du Canada.


Catégorie(s) : Livres - autres

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4 lecteurs ont commentés cet article

  1. Marc-Antoine Charette a écrit...

    le 27 janvier 2007 à 22:49

    Je tiens d’ores et déjà à m’excuser auprès des personnes dérangées par ce retour en arrière de force!


  2. Amélie Roy a écrit...

    le 27 janvier 2007 à 23:11

    Tu n’aurais pas pu être plus invitant! Je suis tentée !!


  3. Richard a écrit...

    le 29 janvier 2007 à 8:32

    Un très grand texte effectivement. J’avais eu la chance de voir cette pièce et c’était… fabuleux. Alice Ronfard avait signé une mise en scène impressionnante. Quant aux comédiens, comment oublier la puissance de René Gagnon et de David LaHaye (entre autres) ?


  4. Marc-Antoine Charette a écrit...

    le 29 janvier 2007 à 16:46

    Quelle chance tu as eu!




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